---Association des familles des victimes ---du 26 mars 1962 de la RUE D'ISLY à ALGER


LE 26 MARS 1962

ALGER - TERRE DE FRANCE LE 26 MARS 1962 -

Un crime a été commis ce jour-là. Les assassins n'ont pas été punis et les victimes n'ont pas été reconnues comme telles. Le massacre de Français sur une terre française n'intéresse personne et nos livres d'histoire sont muets.

26 MARS 1962, rue d'ISLY, à ALGER.

Alors que le cessez le feu a été signé, l'armée française tire sur ordre du gouvernement français sur une population innocente, dont le seul crime est de vouloir rester FRANÇAISE sur une terre française. Une centaine de morts, plus de 200 blessés, des rescapés de ce génocide traumatisés à vie, des familles anéanties à jamais par ce drame.

Ce qui rend cette journée atroce, c'est que des Français ont été assassinés par traîtrise : par des balles françaises, des rafales tirées dans le dos des manifestants. Pire, les blessés ont été achevés à bout portant, alors qu'ils étaient à terre, sans défense.

 

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MAIS POURQUOI CE DRAME ?

19 MARS 1962.

Le gouvernement français signe l'abandon de l'Algérie. A PARIS, la trahison s'installe et trouve son expression ignoble chez celui-là même qui avait été porté au pouvoir par les Français d'Algérie : DE GAULLE.

Trahissant sans vergogne son engagement, il négocie avec les représentants du F.L.N.

  • Il trahit donc la France, la république puisqu'elle est une, indivisible, et que l'Algérie est formée de départements.
  • Il trahit son armée. Victorieuse sur le terrain, elle se voit refuser cette victoire.
  • Il trahit les Français d'Algérie, à qui il avait promis l'ALGÉRIE FRANÇAISE.

Une signature au bas de ce chiffon nommé les accords d'ÉVIAN, et il fallut abandonner le fruit du travail de nos aînés : 132 années de labeur acharné. Des marécages ont été asséchés, ces terres ont été ensuite cultivées, des hôpitaux, des routes, des voies ferrées, des barrages hydrauliques, des ponts, des écoles, une université ont été construits. Et aujourd'hui, il faut tout laisser.

Les accords d'Évian donnent l'Algérie à des gens qui non aucun droit historique sur ce pays et n'offrent que d'illusoires garanties. Celles-ci seront balayées dès que le gouvernement algérien sera au pouvoir. En fait, il ne faudra même pas attendre l'indépendance de l'Algérie pour que les engagements signés ne soient pas respectés et par le FLN et par le gouvernement Français. Désespérés, les Français d'Algérie vont refuser d'admettre l'horrible situation. Ils veulent encore croire qu'une solution est possible. Ils ont confiance en une partie de l'armée restée fidèle à la parole donnée.

23 MARS 1962.

Le quartier de BÂB EL OUED est interdit aux forces de l'ordre. Malheureusement des coups de feu vont être échangés. Aussitôt, l'armée et la gendarmerie encerclent ce quartier, y pénètrent à grands renforts de blindés, écrasent les voitures, éventrent les devantures des magasins. Les troupes tirent sur les balcons, dans les rues, sur les façades, des maisons. Une petite fille à l'intérieur de son appartement trouve ainsi la mort. L'aviation mitraille les toits, les perquisitions se succèdent, les appartements sont saccagés. On ne sait pas combien il y a de morts. Les blessés, les malades ne sont pas soignés. Les morts ne sont pas enterrés. IL n'y a plus de ravitaillement…. BÂB EL OUED est transformé en véritable ghetto.

Alors, dans un immense esprit de solidarité le reste de la population va apporter son soutien, quelques vivres et un peu d'amitié à ce quartier martyr. Une manifestation pacifique est organisée.

LUNDI 26 MARS.

Ce jour-là, c'est en toute confiance que les ALGÉROIS, drapeaux tricolores en tête, marchent vers BÂB EL OUED. Ils n'y arriveront jamais. Ils trouveront la mort en chemin.

Il y a bien quelques barrages, mais qui s'écartent devant la foule. Rien n'est fait pour dissuader les manifestants de continuer leur marche. Le piège est bien organisé. Tout est bien prémédité. Pour un rassemblement pacifique, les autorités ont prévu qu'elles auront besoin de leur équipement de combat, de leurs casques lourds et de leurs fusils mitrailleurs.

Soudain, une longue rafale, suivie d'autres. Des militaires, conditionnés pour tuer du FRANÇAIS sont là. Bien sûr, il ne s'agit pas de l'armée qui avait choisi l'honneur, qui s'était battue pour garder l'ALGÉRIE FRANÇAISE. Non, ce sont les autres, qui obéissent aveuglément à ceux qui ont décidé de nous faire comprendre par la manière forte que nous n'étions plus chez nous.

L'armée va tirer sans sommation, ce 26 mars 1962, pendant 12 minutes.

La version officielle dira qu'il y a eu un tir venant d'une terrasse vers l'armée. Curieusement, au lieu de riposter vers le tireur embusqué sur le toit, l'armée va tirer sur les manifestants. Beaucoup se sont jetés à terre pour se protéger, d'autres se réfugient dans les immeubles mais rien n'arrête ces forcenés. Ils tirent dans le dos des manifestants qui fuient, qui se sont couchés sur le sol. Ils achèvent des blessés, vont jusque dans les immeubles, montant dans les étages pour terminer leur sinistre besogne.

Peu importe que ces pauvres gens aient un drapeau bleu, blanc rouge. On tire sur les drapeaux. On tire à l'arme automatique sur tout ce qui bouge. Des pompiers sont blessés. Un médecin est assassiné alors qu'il fait son devoir, celui de porter secours. Pendant un cours instant, un petit lieutenant incapable de se faire obéir par ses hommes crie poussé par un civil : HALTE AU FEU !

 Cliquez ici pour entendre un enregistrement de l'époque .

 

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Quelques secondes d'espoir, puis les tirs recommencent. Couchés sur la chaussée, certains blottis les uns contre les autres, les algérois attendent que cette folie meurtrière s'achève.

 

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Rue d'Isly, 14h50-15h02, l'irréparable vient d'être commis.

Dans d'autres points d'Alger, les gendarmes mobiles tirent aussi. Dès 18 heures, on compte 46 morts du côté des manifestants, plus de 200 blessés. Beaucoup ne purent survivre à leurs terribles blessures.

Aujourd'hui, on peut lire sur les rapports militaires : incidents du 26 mars 1962. Cet incident fit une centaine de morts et plus de 200 blessés. Nous, nous disons qu'un crime a été commis.

Cliquer sur le lien suivant pour consulter la liste des victimes

Sur ordre des autorités, nos morts ne nous seront pas rendus. Amenés par camions militaires au petit matin, à une heure que nous n'avions même pas choisie, ils seront enterrés sans même une cérémonie religieuse.

De même, sur un rapport, un colonel commandant se félicite qu'il n'y ait pas eu plus de victimes, ceci grâce au sang-froid de l'armée. Pour avoir tiré sur des innocents pendant 12 minutes, il serait plus juste de dire avec sang-froid.

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Pour éviter cette tragédie, il aurait été facile que le préfet VITALIS CROSS instaure un couvre-feu, ou que l'armée se serve de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Les accords d'ÉVIAN prévoyaient le cessez le feu. En quelques jours, ils étaient déjà bafoués.

C'est fini ! Ils ont réussi à nous faire comprendre que nous n'étions plus chez nous, qu'il fallait partir de cette terre tant aimée.

Nous avons pris une valise, et plus tard nous avons fait rapatrier nos cercueils. Au pays des droits de l'Homme, notre Histoire n'intéresse personne. Il faut étouffer le crime du 26 Mars.

Les attestations de décès délivrées mentionneront " blessés mortellement lors d'un attentat terroriste à l'aide d'armes à feu.. ". Il faut taire aussi le massacre des oranais le 5 juillet 1962. Le général en poste à ORAN dira qu'il n'avait pas reçu l'ordre de protéger la population. Alors tout naturellement, il laissa, enlever, pendre aux étals de bouchers les oranais. Pourtant, les accords d'Évian prévoyaient que la population serait protégée. Encore bafoués.

Il faut oublier les 150 000 HARKIS, soldats de la France livrés à l'ennemi sur ordre du gouvernement et ne pas penser qu'ils ont été égorgés, ébouillantés….

Peut être qu'un jour devant le tribunal de l'Histoire et de la conscience humaine, lorsque celle-ci sera enfin désabusée et quand tous les acteurs de ces drames auront disparu, justice nous sera enfin rendue

Le droit de voter fut interdit aux français d’Algérie pour décider de leur sort. Le référendum organisé par le gouvernement français pour entériner cet abandon ne prévoyait pas que cette population française fasse entendre sa voix. Ce qui est contraire à notre Constitution.

Nous demandons à toute personne ayant des documents sur ces drames de nous les communiquer. A toute personne pour qui ces mots " Les droits de l'Homme " ont un véritable sens, de nous aider avant que notre communauté ne s'éteigne. A toute personne ayant soif de justice de faire connaître notre HISTOIRE et de nous aider à la communiquer.

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QUI SOMMES NOUS?

Ce blog a pour objet de compléter ceux crées depuis quelques années par notre association. Il est essentiellement constitué de témoignages de personnes ayant vécu ce massacre. Notre seul but est d'enrayer l'oubli et de rendre justice à nos Morts trop souvent abandonnés, voire insultés...

Les victimes de la fusillade de la rue d'Isly ont un nom.

Lors du débat pour la loi pour les rapatriés en 2005, sous notre impulsion, il a longuement été question de la fusillade de la rue d'Isly. Mais aujourd'hui qu'en reste-t-il ? Des promesses sans lendemain..

En 2002, notre association a pu faire entendre son témoignage sur les chaînes de télévision. Pour la première fois, depuis 40 ans, on nous donnait enfin la parole, le film de la fusillade est passé sur les écrans; Mais le lendemain ? Personne, aucun intellectuel, aucun historien, aucune association des droits de l'homme ne s'en est ému.

Pire, certains voudraient nous faire taire. Nous sommes, nous les familles des victimes, leur mauvaise conscience. Certains voudraient nous faire taire. Nous avons choisi de parler, de hurler pour défendre les nôtres.

Notre association se bat pour que chacun sache et pour que Justice soit rendue aux êtres chers qui nous ont été arrachés.

Nous avons déposé depuis plusieurs années auprès du Ministère des Anciens Combattants une demande de plaque à sceller dans la Capitale, dans un lieu prestigieux, à la Mémoire de la centaine de Morts tombés le lundi 26 mars, rue d'Isly, massacrés pour avoir voulu conserver cette terre de France en Algérie. Sur cette plaque devra être inscrits le nom de chacune des victimes ainsi que la date du 26 mars 1962 afin que chacun sache, que le passant s'interroge, que les autorités s'inclinent.

Parce qu'elles ont été sacrifiées pour leur attachement à cette terre française, nous demandons, nous exigeons cette reconnaissance. c'est le but de notre dossier remis au Ministere des Anciens combattants.

Notre association a pour vocation la défense de la Mémoire des victimes de la fusillade du 26 mars 1962.

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Posté par isly26mars1962 à 23:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 février 2013

LISTE PARTIELLE DES VICTIMES

DE LA FUSILLADE DU 26 MARS 1962 A ALGER (FRANCE)

Gabriel ALDEGUER, 42 ans

Georges BAYARD, 58 ans

Henri BERNARD, 76 ans

Albert BLUMHOFER,

Jacqueline CAZAYOUS, 19 ans

Tayeb CHOUIDER, 58 ans

Charles CIAVALDINI, 22 ans

Jacques COURAUD, 30 ans

Lucien DUPUY, 62 ans

Marie-Jeanne EIME, 57 ans

Marcel FABRE, 53 ans

André FAGUE, 28 ans

Louis FERMI, , 53 ans

Renée FERRANDIS, 22 ans

Jacqueline FRASQUET, 23 ans, née SEGUI

André FREDJ, 41 ans

André GALIERO, 35 ans

Philippe GAUTIER, 28 ans

Fernand GERBY, 43 ans

Jacky. GHIRARDI-GIAUSSERAN, 27 ans

Faustine GREGORI,  53 ans

Pauline HUGUES, 66 ans ( née BERTHON)

Jacques INNOCENTI, 60 ans

Gilbert LAMENDOUR, 31 ans

René LIGNON, 42 ans

Emile LORETTI, 63 ans

Joseph LUISI, 65 ans

Henri LURATI,  51 ans

Gilbert MAILLE, 57 ans

Jean-Paul MASSONAT, 38 ans

Marc MAURY, 29 ans

Guy MAZARD, 29 ans

Jeanine MESQUIDA, 41 ans,

Georges MOATI, 22 ans

Roger MONPO, 48 ans

François PISELLA, 55 ans

Claude PUIG, 31 ans

Marcel PUIG, 52 ans

Domingo PUIGCERVER, 62 ans

Alain Pierre RAZES, 32 ans

René RICHARD, 47 ans

Henri ROCH, 26 ans

Gaspard SANCHIS, 64 ans

Joachim SANTACREU, 48 ans

Adolphe SERRANO, 42 ans

Michèle TORRES, 20 ans

Georges VAN DEN BROECK, 55 ans

Juan VENGUT, 64 ans

Elie-Paul Edouard ZELPHATI, 40 ans

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TEMOIGNAGES DE CIVILS

ANNIE-FRANCE FERRANDIS EPOUSE GARNIER, 17 ANS AU MOMENT DES FAITS

elle fut grièvement blessée et perdit sa soeur ce jour là

"Je m'étais rendue, accompagnée de mes soeurs, à la manifestation du 26 mars. Peu après avoir quitté notre appartement dans le quartier du Champ des Manoeuvres, nous avions rencontré un premier barrage. Des camions militaires stationnaient en travers de la route mais un espace suffisant pour passer était laissé libre, et les militaires n'avaient rien fait pour nous inciter à revenir sur nos pas. Nous avons rencontré d'autres barrages ensuite, sans y prêter aucune attention, car tous laissaient un espace suffisant. En passant par la rue Charras nous rejoignîmes le plateau des Glières sans encombre. Les événements de l'époque étaient tristes mais il faisait si beau, et il y avait tant de joie de vivre en nous... nous avions l'impression de participer à une kermesse. Sans se connaître, les gens se parlaient familièrement et s'adressaient aussi aux soldats. Nous arrivions devant l'entrée de la rue d'Isly quand des militaires nous barrèrent le chemin. Je voyais s'éloigner les gens qui nous précédaient auparavant. Nous étions donc au premier rang, à ma droite, un pas devant moi, ma soeur aînée, Renée, à ma gauche une dame, puis ma soeur Monique.

Je regardais le militaire qui me faisait face. C'était un très jeune homme, plutôt blond avec une petite moustache claire. Il me semble que je le revois encore. Ce garçon était beau, il me paraissait charmant et, dans ma naïveté de jeune fille, j'espérais qu'il allait nous comprendre et nous permettre de continuer notre route A ce moment, je vis, juste à côté de ce soldat, un militaire, musulman à mon avis, faire un pas en arrière, armer son fusil et se mettre à tirer dans notre direction. Je ne saurais dire si son arme était un fusil mitrailleur ou un pistolet mitrailleur car je ne m'y connaissais pas. Des flammes bleues sortaient du canon. Et ce canon n'était pas dirigé vers le ciel. Je suis absolument certaine qu'aucun tir n'était parti de fenêtres, cela je peux le jurer.

Une panique générale s'ensuivit. Je dégageai mon bras comme je le pus et je courus, courbée pour ne pas être atteinte par les balles, vers le trottoir du côté du Crédit Foncier. Ma soeur Renée courait devant moi, je l'appelai, elle tendit la main en arrière vers moi, je la rattrapai par son manteau et nous nous jetâmes ensemble au sol sur le trottoir devant le Crédit Foncier. Je ne voyais plus Monique, ni la dame que j'avais tenue par le bras, je ne sais pas si celle-ci a échappé à la tuerie.

Le temps me parut interminable. J'étais affolée, une jeune fille de 17 ans n'est pas préparée à d'aussi terribles épreuves. Qui d'ailleurs s'est jamais préparé à se tenir immobile, couché, sans défense, pendant qu'on le fusille à bout portant ? Il y eut un arrêt, j'entendis : "Halte au feu!" puis cela recommença. C'est alors que je ressentis une brûlure et je compris que j'étais blessée. Une balle entrée dans la fesse s'était logée dans le ventre. Les balles sifflaient au dessus de ma tête, je ne bougeais plus, me cachais le visage dans le manteau de ma soeur, pour ne pas voir la mort.

Le feu cessa enfin. Tout d'abord personne ne bougea, il y eut le silence. Un homme remua près de moi, de plus en plus. Je lui dis : "Ne bougez pas. Ils vont nous achever ! Un monsieur blessé, s'agrippant au mur de la banque, essayait de se remettre sur ses jambes, les militaires ne tirèrent pas. Cela me donna le courage de me relever..

Voulant porter secours à ma soeur, je la soulevai. A cause de ma propre blessure, et parce qu'elle n'avait hélas plus aucune réaction, elle me paraissait terriblement lourde. Je parvins à la mettre sur les genoux. Sa tête retomba en arrière. Les yeux de Renée étaient de couleur noisette. A ce moment, sans doute le ciel s'y reflétait-il, je les vis grand-ouverts et très bleus. Ce dernier regard m'impressionna plus que tout.

J'appelai l'homme qui était près du mur pour qu'il m'aide à soutenir Renée et à l'emporter. "Qu'est-ce qu'elle a ? demanda-t-il Elle est morte ! Alors il faut la laisser et vous sauver." Je ne pouvais me résoudre à abandonner ma soeur, morte dans la rue. Je regardais autour de moi, éperdue ; sur le trottoir, sur la route, partout des morts !

Je cherchai Monique des yeux sans pouvoir me résoudre à abandonner ma soeur Renée, et je la trouvai couchée un peu plus loin sur la place de la Poste. Je lui criai : "Ils ont tué Renée!" Je ne sais pas si elle comprit, elle voulait que je vienne la relever, gravement blessée aux jambes, elle ne pouvait plus bouger.

Je m'étais approchée d'elle, péniblement, car ma blessure me brûlait le ventre. Au même moment, plusieurs hommes arrivèrent, la prirent dans leurs bras et l'emmenèrent. Au fond de l'impasse de la poste il y avait un dépôt fermé par un rideau de fer. Le rideau se souleva, ils hissèrent Monique à l'intérieur. Je suivis. Au loin on entendait des explosions.

On nous avait installés sur des sacs postaux, le temps passait. Il y avait plusieurs blessés à cet endroit et aucun infirmier, aucun médecin. Monique perdait tout son sang et j'avais peur de la voir mourir elle aussi.

Deux hommes soutenant un pompier blessé entrèrent. Le pompier nous expliqua que les militaires avaient tiré sur eux. Enfin un camion bâché se gara devant l'ouverture du dépôt et on nous transporta à l'intérieur. Nous fûmes emmenés à l'hôpital. Là, c'était affreux. Il y avait des blessés partout. On m'avait mise sur un lit de camp à côté de Monique. Mes parents arrivèrent. Bien sûr, ils cherchaient Renée. Comment avouer ? Je prétendis que nous étions perdues dans la foule. Ils partirent la chercher dans d'autres salles. Je dis à un voisin qui les accompagnait : "Je vous en supplie, ne les laissez pas seuls !" Il comprit tout de suite et les suivit. Mon père trouva le corps de ma soeur à la morgue dans la soirée. Il n'eut pas la force d'annoncer à ma mère tout de suite la terrible réalité et attendit le lendemain. Maman était restée toute la nuit à genoux devant une statue de la vierge... Il ne se passe guère de jour sans que j'y pense. Cette journée marquée au fer rouge dans ma poitrine ne pourra jamais s'effacer. Quelquefois, souvent même, je repense également à ces militaires qui me faisaient face quand je leur hurlais ma douleur, mon incompréhension...

Pourquoi ?... Pourquoi ont-ils tiré ??... Le temps a passé, moi j'ai toujours mal. Eux, s'en souviennent-ils ? Se souviennent-ils de la jeune fille qui les regardait ? Se souviennent-ils de ce jour horrible où ils ont détruit des vies ? Il y a eu des morts, des handicapés à vie et il y a eu des gens pour qui la vie n'a plus eu de sens depuis ce 26 mars 1962. On continue à vivre parce qu'il le faut, parce que Dieu nous a donné la vie et que lui seul a le droit de nous la reprendre.

J'espère que Dieu pardonnera à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette tuerie, parce que moi je ne pardonne pas.

Rien ne fera revenir nos morts, mais si par nos témoignages le voile du silence était levé, alors là peut-être aurais je l'impression d'avoir mis un léger baume sur cette blessure qui saigne encore."

 


MONIQUE FERRANDIS, 19 ans

elle fut grièvement blessée et perdit sa soeur ce jour là. Elle est pensionnée comme victime civile.

Il était un peu plus de 14 heures quand ma soeur Renée m'a dit : "Si tu ne te dépêches pas de te préparer, je pars sans toi. "Alors je me suis dépêchée et depuis je le regrette. Si j'avais mis plus de temps à me préparer, nous ne serions pas tombées dans ce piège.

Nous sommes donc parties toutes les trois du Champ de Manoeuvres où nous habitions.

Il y avait de nombreux barrages mais aucun ne nous a fait de difficultés pour nous laisser passer, bien au contraire, puisqu'en riant ils nous disaient : "Oh, si vous forcez le barrage, on vous laissera passer!". Mais il n'y avait même pas besoin de le faire, les barricades s'ouvraient et on passait. Tout au long du chemin cela a été comme ça, et arrivées en bas de la rue Charras des gardes mobiles étaient là... ils ne nous ont rien dit.

Nous avons monté la rue Charras. Au début de la rue d'Isly, à hauteur de la banque du Crédit Foncier, il y avait un cordon de militaires, en kaki, avec le casque comme s'ils étaient en guerre, avec filet par-dessus. Ils n'avaient pas de signe distinctif donc je ne peux pas dire de quelle arme ils faisaient partie. Nous étions arrêtées à cet endroit là et ma soeur Renée a commencé à discuter avec un jeune officier ou sous-officier du cordon de police. C'est la dernière fois que je l'ai vue. Nous étions donc à hauteur du crédit foncier, en bordure du trottoir...

J'ai commencé par regarder autour de moi à la recherche de mon amie Jacqueline Cazayous avec qui j'avais rendez-vous. Malheureusement, le lendemain j'ai appris, qu'elle aussi, elle avait été tuée... Mon regard a alors parcouru le cordon de militaires, et tout à coup j'ai vu, d'une arme sortir des flammèches bleues. J'ai été atterrée, en une fraction de seconde, j'ai compris et je me suis dit : "mais il tire!". Je n'avais pas encore entendu le bruit des détonations, simplement ces flammèches bleues... ça avait suffi pour que je comprenne. Après j'ai entendu le bruit de tonnerre qu'a fait l'arme. Les gens se sont mis à courir et à ce moment là j'ai entendu d'autres armes comme une réponse à ce qui venait de se passer. J'ai regardé d'abord si je voyais mes soeurs Renée et Annie. Ne les ayant pas vues j'ai pensé qu'elles s'étaient mises à l'abri. J'ai couru avec les autres en direction de la banque et je me suis jetée à plat ventre sur le trottoir. Il n'y avait pas longtemps que j'étais allongée, je sentais les balles qui passaient au-dessus, qui s'enfonçaient dans le mur, et j'ai été touchée, j'ai senti une brûlure atroce dans la fesse gauche, une brûlure qui s'est irradiée dans mon ventre, qui m'a fait énormément souffrir immédiatement. J'avais le bassin pris dans un étau... lourd, avec une brûlure. J'ai appris plus tard que c'était une balle explosive. J'ai d'ailleurs toujours des éclats dans le bassin. J'ai rampé un peu vers le mur, à plat ventre, en essayant d'avancer pour me mettre un peu plus à l'abri. J'ai été blessée à ce moment là de la deuxième balle qui m'a fait exploser le pied droit. La balle est rentrée sous le pied et, en répercutant par terre, elle a fait exploser le pied qui n'était plus que de la charpie, une bouillie atroce. Je me suis retournée sur le dos, je ne voulais pas mourir comme ça, je voulais regarder le soleil, le ciel, avant de ... parce que j'étais persuadée que j'allais mourir. Pendant que je me retournais, des personnes à côté de moi m'ont dit de ne pas bouger, sinon ils allaient m'achever. Et j'ai attendu, j'ai attendu que la fusillade cesse. Ca a duré pour moi une éternité, parce que d'entendre comme ça les détonations j'avais une peur... j'étais angoissée, j'étais, comment dire, paniquée, paniquée par ce qui se passait, par ce qui nous arrivait, je n'aurais jamais imaginé qu'une chose pareille puisse survenir, que l'armée nous tirerait dessus..

J'ai entendu des voix qui criaient : "arrêtez! arrêtez! ne tirez plus! ", plusieurs fois. Mais malheureusement ça continuait. J'avais pratiquement la tête contre le mur du crédit foncier, et je regardais ces impacts de balles s'enfoncer dans le mur. Et puis d'un seul coup la fusillade a cessé comme elle avait commencé.

Des gens se sont levés, ils sont partis en courant. Moi, malheureusement, je n'arrivais pas à bouger, j'étais ankylosée. Tant bien que mal, en m'agrippant au mur, j'ai réussi à me soulever. Je me suis redressée sur mon pied gauche, la jambe pendante. J'avais reçu aussi une troisième balle et elle m'avait cassé le fémur en traversant la jambe. J'avais réussi à me redresser et j'ai essayé de me sauver. J'ai sauté avec un seul pied par dessus les cadavres, par dessus les personnes qui avaient été tuées, il y en avait beaucoup contre le Crédit foncier. A un moment donné je me suis arrêtée parce que j'avais vu une femme, une femme avec les cheveux blonds courts, avec un manteau blanc et cette femme, je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas eu le courage de sauter par dessus. Elle était à plat ventre, elle ne bougeait pas. Je l'ai contournée, en sautant toujours sur un pied et je me suis dirigée vers l'entrée de la porte du Crédit foncier.

Il y avait déjà des personnes agglutinées donc je ne pouvais pas me mettre à l'abri, j'ai continué à sauter en me dirigeant vers le centre de tri. Arrivée à hauteur du boulevard Bugeaud, il y avait un cordon de C.R.S. ou de gardes mobiles.

Quand je les ai vus j'ai pris peur, j'ai voulu courir, j'ai posé mon pied droit par terre, enfin ce qu'il en restait. Mon pied a glissé et je me suis affalée. Je n'avais plus de force, il m'a été impossible de me relever. Je me suis assise avec difficulté j'ai tourné le dos au cordon de police, car j'avais peur de les regarder, je ne voulais pas voir s'ils me tiraient dessus, donc je leur tournais le dos.

J'ai entendu la voix de ma soeur Annie qui m'appelait. Je lui ai répondu en lui disant où j'étais. De l'endroit où elle se trouvait (à hauteur du crédit foncier), elle m'a crié : "Ils ont tué Renée! Renée est morte! Elle ne bouge plus. "J'ai cru à ce moment là que tout s'obscurcissait, tout devenait gris, quelque chose me tombait dessus. On dit souvent bêtement qu'on a l'impression que le ciel nous tombe sur la tête, c'est ce que j'ai éprouvé, une oppression énorme, une angoisse encore plus insupportable. Et puis j'ai eu mal, j'ai eu très mal, j'ai eu l'impression que ma vue même s'obscurcissait...

 


ANNIE CAZAYOUS, EPOUSE FONTAS

(une soeur décédée, elle même était dans la manifestation )

"Je suis la dernière née d'une famille de trois filles. La cadette, Jacqueline, avait vingt ans et moi seize ans et demi. Nous étions très proches bien sûr.

Le 26 mars 1962, nous désirions témoigner notre solidarité aux habitants de Bah-El-Oued. Ma mère a décidé que nous participerions à la manifestation prévue en début d'après-midi.

Ma mère, Jacqueline et moi-même avons quitté notre appartement rue Daguerre un peu avant 14 h 30, sans éprouver d'inquiétude, nous ne pensions vraiment pas courir un danger. Rue Michelet, nous avons rencontré quelques barrages militaires composés en grande partie de musulmans, ce qui était inhabituel. Ces hommes nous ont paru bizarres, l'atmosphère était tendue, nous avons ressenti un malaise... mais pas au point de prendre peur et de renoncer à notre projet. Nous avons d'ailleurs facilement contourné ces barrages en passant par de petites rues. Nous avons rendu une visite rapide à des parents qui résidaient 57 rue d'Isly. Pourquoi sommes nous redescendues si vite ?

Nous avons pris, place dans le cortège. Au niveau de la rue Chanzy, il a été stoppé par un barrage de musulmans très armés. J'ai vu des fusils mitrailleurs, dont un monté sur pied. Nous étions coincés, impossible d'avancer plus, ni de reculer. Aucun affolement ne s'est produit, il n'y avait pas de cris, mais une drôle d'impression, une angoisse subite se sont emparées de la foule.

Je crois avoir entendu un coup de feu isolé. Immédiatement, la première rafale est partie, je ne saurais dire d'où, tout le monde s'est allongé par terre. Quelqu'un hurlait et répétait: "Cessez le feu ! Cessez le feu !"... En vain. Cela n'arrêtait pas et c'était vraiment un tir à tuer.

J'ignore comment j'ai été séparée de ma mère et de ma soeur. J'avais perdu mes chaussures, une balle a frôlé ma bague. On m'a poussée dans une entrée à gauche (53 ou 55 rue d'Isly). Il a fallu "escalader" des tas de corps. Les tireurs ont pénétré dans l'immeuble. Avec d'autres personnes affolées, nous sentant poursuivies, nous avons grimpé en courant jusqu'au dernier étage. Nous nous sommes réfugiés dans un appartement, chez un dentiste. J'ai attendu là, des heures, sans nouvelles des miens, jusqu'au moment où mon père est venu me chercher.

Ma mère et ma soeur étaient restées sur place, au milieu de la rue d'Isly, face à la rue Chanzy. On peut les voir, couchées à terre, sur un cliché paru dans "Paris Match". La légende évoque "une vieille femme et sa fille". Maman n'était pas une vieille femme, elle n'avait que quarante-sept ans. Elle a une veste noire, du sang coule de sa tête. Jacqueline est blottie contre elle, elle porte un ensemble bleu ciel et elle est coiffée avec des couettes.

Ma soeur avait reçu deux balles, dont une dans le cou. Elle a perdu son sang. Elle aurait été sauvée si on l'avait soignée tout de suite mais les secours sont arrivés bien trop tard pour elle. Une balle avait éraflé le dos de ma mère et une autre lui avait traversé la tête du côté droit. La blessure était très grave, le cerveau sévèrement atteint. Il a fallu la trépaner, elle est restée trois semaines dans le coma.

Ma mère a été rapatriée en avion sanitaire au mois de juin, paralysée du côté gauche et ne parvenant guère à parler. Elle a subi de longs mois d'une rééducation très dure à supporter. Plus tard grâce à sa force de caractère, elle a marché de nouveau un peu. Maman a souffert beaucoup et longtemps, jusqu'à sa mort.

Elle était pensionnée à 100 % et avait droit à l'aide d'une tierce personne. Il lui a fallu passer un grand nombre de fois devant des commissions médicales tatillonnes destinées à diminuer éventuellement son taux d'invalidité. La France se montre parfois assez pingre quand il s'agit d'accorder des dédommagements à ses victimes. La sécheresse, la brusquerie de certains médecins militaires chargés de l'examiner, la mesquinerie administrative de ces contrôles répétés l'éprouvaient toujours.

Le soir du 26 mars 1962, mon père a cherché dans les hôpitaux... Dans cette terrible épreuve, ce qui l'a peut être choqué le plus a été de trouver sa petite fille à la morgue, complètement dénudée, traitée sans respect. Nous n'avons pas obtenu la restitution du corps ni l'autorisation de donner à Jacqueline des obsèques correctes.

A Alger, malgré la guerre, nous étions des jeunes filles heureuses. Je me souviens de nos vacances chez ma grand-mère à Baïnem, la forêt et la plage, une joyeuse bande de treize cousines...

Du jour au lendemain tout s'effondre. C'est une coupure brutale, totale. Il faut s'habituer, faire avec."

 


M. BERRET

blessé

Avec toute la famille, nous partons. Les rues sont emplies de gens silencieux au visage tendu. Je pense à mes grands-parents, enfermés dans Bab-El-Oued depuis plusieurs jours. Les rumeurs les plus folles circulent. On ne sait plus discerner le vrai du faux. L'intox du fantasme...

Mais une chose est certaine, la vie y est difficile et le ravitaillement aléatoire. Quant à la violence des forces de l'ordre, chacun y va de son couplet.

Nous descendons du GG puis arrivons devant la grande Poste. Nous y rencontrons un premier barrage de l'armée. Je souris car ces soldats débordés semblent bien impassibles, voir débonnaires... funeste erreur! En vérité, c'est le premier acte du piège qui vient de tomber.

Je note que certains de ces soldats sont arabes. Je m'en étonne. La foule est immense, serrée dans toute la largeur de la rue d'Isly. Le silence est impressionnant: pas de slogans, pas de banderoles. Nous avons pour consigne de marcher sur le blocus de Bab-El-Oued. Sans armes... ce que déplore mon père, inquiet.

Avec ma famille nous arrivons à hauteur du "Milk Bar", et soudain c'est l'horreur qui éclate avec les premiers coups de feu. Sans aucune sommation. Ils semblent jaillir de toute part. Qui tire? d'où? Pourquoi? J'entends crier "halte au feu"... sans succès! Toutes ces questions défilent dans ma tête à la vitesse des détonations. En me jetant à terre j'ai le temps d'apercevoir des gens étendus sur la route et les trottoirs. Certains semblent touchés. Puis soudain une terreur folle traverse mon esprit : où sont mes parents? Sans ne plus penser à rien d'autre je me relève : une rafale de mitraillette passe au dessus de ma tête et fracasse la vitrine d'un magasin. Je tombe sous le poids de la vitre, cela me sauvant peut être et je protège mon visage de mes bras. Apercevant mes parents à l'angle de la rue, alors que profitant d'une accalmie la foule se redresse pour fuir, je cours vers eux.

C'est alors que du sang coule de la manche de mon pull-over et l'inonde tout entier. La peur, l'angoisse m'étreignent : où suis-je touché? On me pousse dans un couloir, on me déshabille, on me palpe. Ouf : ce n'est que le bras ; je ne peux plus bouger la main, un mouchoir sert de pansement et de garrot, car il faut arrêter le sang, qui a taché le manteau clair de ma mère.

Autour de moi on s'agite en tous sens, on ramasse les blessés, on ne sait s'il y a des morts. J'entends des sirènes. L'affolement est général..Un médecin ami viendra me chercher. Grâce à son macaron nous pourrons, franchir les nombreux barrages qui barricadent toutes les rues. A-t-on peur que les morts s'enfuient?

A l'hôpital, je ne sais plus lequel, on met quelques points de suture à mon avant-bras. Tout le personnel est sur le pied de guerre, prêt à, faire le maximum.

Sur le chemin du retour, c'est une ville en désordre que j'aperçois : des groupes de gens qui vont en tous sens avant de rentrer à la maison. Impression d'anarchie et d'hébétude, le ciel nous est tombé sur la tête. "Notre" armée nous a tiré dessus! On ne comprend plus rien. Qui a osé. faire ça??? C'est la déroute qui vient de nous emporter... et l'espoir semble être à jamais enfui! La certitude de l'abandon, de la trahison font aussi mal que le sang coulé. Ce n'est que le lendemain que j'apprendrai, avec Alger anesthésiée, les morts par dizaines.

C'en est fini de l'Algérie Française et l'exode commence... douloureuse histoire...

Quant à moi je suis pensionné "civil victime de guerre" à 10 %

Mais c'est une autre blessure qui subsistera en moi : celle de tous les morts oubliés, insultés, de ce 26 mars. Date anniversaire qui chaque année réveille ma mémoire et ma peine."

 


DOCTEUR L. CHIAPPONI

BAB-EL-OUED "Un centre de résistance de Pieds-Noirs encerclé par l'Armée Française, envahi de barbouzes, survolé par les hélicoptères!... Impossibilité pour ses habitants de sortir de chez eux, de se déplacer : maltraités, menacés, matraqués, ils n'avaient que la force, le courage, de se défendre, de lutter ! Pensons aux malades alités, aux vieillards, handicapés, aux enfants...

Quelle pouvait être la réaction de la population algéroise, dressée toute entière contre le comportement inqualifiable de leurs compatriotes, de ceux que la France leur avait adressés pour les libérer du joug FL.N. ?

L'ordre nous fut donné de nous rassembler, de nous diriger sur notre Bab-El-Oued, dans la dignité, le calme, afin de mettre un terme à ce scandaleux bouclage et rendre leur liberté à nos compatriotes, isolés du reste de la ville.

Nous avons tous répondu à cet appel. Une foule composée d'enfants, de femmes, d'adultes de to Ce même jour, déjà à leur poste, avant 13 heures, face au numéro 15 de la rue Michelet, de la terrasse de l'immeuble des Etablissements Bissonnet, (nous les avons vus) des militaires armés, pointaient leurs fusils mitrailleurs sur les locataires, qui de leurs balcons assistaient à la formation du cortège, leur faisant signe de se retirer... et à l'heure H... ces fusils crépitèrent, arrosant de leurs balles, la rue Michelet, les immeubles, les balcons !...

Les manifestants accouraient de partout. Le cortège s'organisa et se dirigea sur Bab-El-Oued.

Nous nous heurtâmes à deux barrages de militaires musulmans commandés par des officiers français.

Le premier, à hauteur de la Brasserie "Le Coq Hardi", le second à l'entrée de la rue d'Isly. Nous n'étions pas armés, seulement animés du plus pur patriotisme, autour des drapeaux français, aux cris de l'Algérie Française...

Au premier barrage, un officier interrogé sur l'esprit de ses hommes nous rassura. Les militaires nous cédèrent le passage.

Au deuxième, le cortège grossi "par les nouveaux arrivants du boulevard Laferrière", y rencontra une plus grande résistance. La foule poussée par ceux de l'arrière réussit à se libérer. Elle s'élança vers la rue d'Isly où l'espace libre du Carrefour Isly-Chanzy-Pasteur lui permit de se dégager, d'avancer. Les cris, le chant de la Marseillaise, se , firent plus intenses. Lorsque nous atteignîmes ce carrefour, une affreuse fusillade tirée dans notre dos nous décima.

On prétend qu'un coup de feu tiré d'un étage du numéro 64 de la rue d'Isly fut à l'origine de son déclenchement! Nous ne l'avons pas entendu. Nous n'avons malheureusement ressenti que la rafale tirée dans notre dos. La chute des malheureuses victimes, tête en avant, leur position ne pouvait que le confirmer. Nous aurions souhaité une salve tirée à blanc, ou recevoir des grenades lacrymogènes, comme cela se voit au cours des violentes manifestations actuelles, pourtant légales !... et appréciées !... Débandades, fuite éperdue des manifestants dans toutes les directions, heurtant du pied les blessés, les morts jonchant le sol. Cris, hurlements de cette foule, affolée, se précipitant vers les entrées d'immeubles, souvent fermées. Des appels de "Halte au feu !"... "Halte au feu !"... se mêlaient à ceux déchirants des martyrs.

Dans le couloir de l'immeuble de l'ex pharmacie du Soleil, les uns à plat ventre, les autres accroupis sur les marches d'escaliers, haletants, fixaient d'un regard éploré, hagard le fusil mitrailleur d'un militaire musulman braqué sur eux...

Arrêt momentané de la fusillade...

Au milieu de la rue d'Isly, d'un monceau de cadavres, une jeune femme se redressa péniblement, s'agrippant à eux, s'efforçant de s'en détacher...

La fusillade reprit de nouveau... Elle s'effondra !...

Enfin le CALME!...

Les premiers secours s'organisèrent, séparant les morts des blessés. Ceux ci furent dirigés en premier sur la Clinique Lavernhe, sur civières, précédées d'un porte drapeau blanc!...

Arrivés au pied du monument aux morts (ironie du sort) et conformément au règlement de la Croix Rouge Internationale... une nouvelle rafale éclata, visant porteurs, civières et blessés !

Ils se précipitèrent, s'allongèrent au pied de la murette du jardin, guidés par les gestes désespérés d'une infirmière de la clinique, postée au début des escaliers du Boulevard Laferrière.

Les fusils se turent de nouveau. Seuls les cris, les pleurs des survivants agenouillés auprès de leurs morts, de leurs blessés ou recherchant ceux dont ils avaient été séparés par cette fusillade...

Les ambulances transportèrent les rescapés à l'Hôpital. Les morts furent déposés devant l'entrée de la Banque "Le Crédit Foncier" où l'abbé Lecocq leur donnait l'absoute. Durant plusieurs jours, des gerbes de fleurs marquèrent cet emplacement sous la surveillance de Monsieur Santapau, Héros de notre Résistance, ce qui lui valut l'honneur, ou plutôt l'horreur, d'être enlevé, de disparaître à jamais...

Triste bilan de cette manifestation qualifiée par certains de "Kermesse Héroïque" - plus de 200 blessés et 80 tués! "Associons au souvenir de Monsieur Santapau, (enlevé quelques jours plus tard), celui de tous nos morts, de tous nos blessés, de nos compagnons d'armes, nos défenseurs, les Harkis" - Rappelons le sacrifice de notre confrère et ami le Professeur Massonnat, tué en portant secours aux blessés, celui de tous nos malheureux confrères lâchement assassinés, en leur Cabinet, par les consultants auxquels ils donnaient leurs soins dévoués, celui de ceux qui survécurent à leurs horribles blessures : qu'il nous soit permis de citer le nom de notre Cher Ami le Docteur Pierre Miquel. Nous ne les oublierons jamais. A nous de rappeler en ce jour sacré, leur dévouement, leur sacrifice. Ils ont toujours en toutes circonstances mis l'accent sur le rôle primordial de leur présence humaine effective auprès de leurs patients quelle que soit leur classe, leur race, leur religion. Non, Monsieur Malraux - malgré toute la considération que nous vous portons, nous ne sommes pas de votre avis : Nous avons été Gaullistes, nous ne le sommes plus, nous ne le serons jamais plus.. Nous n'oublions pas.

 


MADAME BIES

"Malgré tant d'années le souvenir du cauchemar de cette journée du 26 mars est encore bien présent. C'est avec ma belle-fille que j'étais partie pour la manifestation pour Bab-El-Oued. Au milieu de la rue d'Isly, alors que nous marchions bien tranquillement, une fusillade éclate semant une grande panique et nous ne comprenons rien à cette horreur. Des gens fauchés partout, du sang partout, des cris, des hurlements de douleur. Des gens ont cassé la vitrine d'une grande pharmacie, ma belle-fille et moi, nous nous sommes mises à l'abri. Quelle horreur !...

Une jeune femme et sa petite fille étaient mortes au milieu de la rue devant cette pharmacie et les hurlements des sirènes des ambulances étaient sinistres. Mon mari était bien plus loin et avait pu lui aussi se mettre à l'abri.

Quand on a pu revenir, la rue d'sly était en sang et jonchée de blessés et cadavres, c'était insoutenable. Au bas des escaliers de la rue Lacépède, là, c'était un ruisseau de sang, il a fallu que nous marchions dedans pour rentrer à la maison. Là, au bas de ces escaliers, que de morts! ... que de sang! ... Malgré tant d'années je vois encore ces atrocités qu'il est impossible doublier."

 


Y. PLEVEN

Parti de mon domicile au Plateau Saulière après déjeuner, vers deux heures moins le quart, je suivais la rue Michelet depuis sa jonction avec le boulevard Victor Hugo. La foule était bon enfant, des toilettes claires, des cols ouverts... Les femmes se donnaient le bras à deux ou trois. Une multitude ? Non, plutôt un courant de personnes allant par petites vagues comme pour se rendre à un spectacle public, aux illuminations d'un 14 juillet, à une revue de onze novembre. On ne pouvait y déceler la plus petite provocation. Sur la médiane de la rue Michelet se trouvait un militaire algérien en armes et tenue de combat. Je me souviens fort bien qu'il avait l'air inquiet.. Du haut de la descente de la rue Michelet qui s'amorce, quand on quitte le Plateau Saulière, entre la rue Bourlon et la rue Richelieu, on pouvait en apercevoir d'autres, toujours sur la médiane. les gens progressaient en s'écartant, respectant leur station.

Des groupes quittaient la rue Michelet pour descendre par la rue Richelieu vers le carrefour de l'Agha, prendre le Boulevard Baudin et de là, par le Boulevard Carnot, gagner le Boulevard de la République pour arriver à Bab-El-Oued par le front de la mer. C'est un chemin plus agréable que celui qui mène rue d'Isly par la Grande Poste. Je me mêlais à ce nouveau courant. C'est alors que pour rassurer les miens sur l'allure paisible de la manifestation, en passant devant le Mauretania, je décide de faire un tour au bureau et de téléphoner à la maison. En arrivant, j'observe que des gendarmes mobiles, l'arme au pied, flanquent sur trois rangs l'entrée de la cour à droite, barrant à moitié l'avenue de la Gare. Ils sont une trentaine environ. Je me souviens fort bien, la disposition est-t-elle que je dois longer leur premier rang comme pour les passer en revue, ce qui n'a pas l'air de leur plaire.

Arrivé au bureau, c'est-à-dire au second étage, mais qui domine la rampe Chassériau de 25 à 30 mètres étant donné la dénivellation, je téléphone, puis le temps de prendre connaissance de quelques télex arrivés pendant l'heure de déjeuner, l'énorme vacarme d'une rafale de tir automatique me cloue sur place. Elle vient de la rampe Chassériau. Placé comme je suis, n'ayant de vue que sur la mer, je file le long du couloir intérieur de l'immeuble qui dessert les locaux ouvrant sur les deux façades et tente de voir par les claustras du pignon qui domine la rampe. Une vingtaine de C.R.S. courent pour sauver leurs vies et s'engouffrent dans un immeuble à gauche en descendant vers les quais. C'est le seul semble-t-il qui ait sa porte d'entrée ouverte. Sans attendre, deux d'entre eux en sortent allumant une cigarette, l'arme à la main, cherchant un tireur qu'ils n'arrivent pas à localiser. Je ne peux pas apercevoir le haut de la rampe, les claustras ne permettent que 40degré d'angle de vision environ de chaque côté. Une rumeur s'amplifie venant du carrefour. Les C.R.S. ne bougent pas, puis rassemblés, remontent vers le Boulevard Baudin. Je les perds de vue. Il est entre deux heures et demie et trois heures moins le quart. La rampe si passante à cette heure est déserte. Elle le sera jusqu'à la nuit. Regagnant mon bureau, j'appelle chez moi, on me rassure tout le monde est à la maison. Au téléphone, j'apprends que le carrefour est interdit à la circulation, et qu'on a tiré aussi à la Grande Poste. Des sirènes d'ambulances se dirigeant vers l'Hôpital de Mustapha hurlent au carrefour. On les laisse donc circuler ? Puis un grand silence tombe sur l'immeuble, sur tout le quartier qui devient étonnamment calme. Les cars de passagers d'Air France, les porteurs de bagages, les agents de la section de fret ont dû interrompre leurs activités, on n'entend plus les rumeurs habituelles... Je suis le seul bloqué au second étage. Des nouvelles circulent par téléphone, on ne saura qu'en fin d'après-midi ce qui s'est passé en ville: presqu'au même moment, la foule avait été mitraillée à la Grande Poste par les militaires. On dénombrait environ cent victimes.

Un peu avant six heures, je me hasarde dans la cour pour rentrer chez moi par la rue Richelieu. Un camarade d'Air France m'en dissuade "Regarde... ". En effet, un passant tente de filer par le Boulevard Baudin vers le Grande Poste, il est vivement pris à partie par une personne du Commissariat Central qui l'oblige à retourner dans l'autre sens et lui applique un coup de poing sur la nuque. Le passant revient en longeant la façade des Ets. Barnabé. Les escaliers qui contournent le petit kiosque à journaux entre le Boulevard Baudin et la rue Charras sont couverts de sang. Quelqu'un a été tué. Un corps est recouvert de papier d'emballage. On me dit que c'est une femme. Le lendemain le corps a été enlevé, des arums recouvrent le sang caillé.

Comme le carrefour est interdit, je dois faire le grand tour par la route Moutonnière, gagner la rampe Poiret pour arriver chez moi par le Champ de Manoeuvre. C'est là que j'apprends la gravité de la situation. En effet, je n'ai rencontré personne en route. La ville est en état de choc."

 


G. DALEAS

blessé, Agé de 23 ans, M. Daléas était un instituteur métropolitain,

"Le 26 mars 1962, je me trouvais à Alger par hasard. Venant de Fort National en Kabylie, où j'enseignais à des enfants musulmans dans un camp militaire, je désirais me rendre en métropole pour rejoindre mes parents. Dans les bureaux d'Air France au Maurétania, on m'apprit qu'aucun avion n'était prévu au départ. J'étais donc provisoirement bloqué à Alger. Je pris une chambre d'hôtel dans le quartier, au début de la rue Charras.

Vers 14 heures, je fis une promenade en ville. J'ignorais qu'une manifestation devait se produire. Je vis tout un "remue-ménage", de nombreux barrages militaires très armés encombraient les rues et l'atmosphère me parut tendue. Je retournai à mon hôtel, décidé à y passer l'après-midi, mais je n'avais rien à lire et, craignant de m'ennuyer, je ressortis dans l'intention de me procurer rapidement un journal ou un livre. Dans ce quartier tout semblait calme et je ne m'inquiétai pas. Je me trouvais à l'angle du Boulevard Baudin et de la rue Charras. Tout à coup des C.R.S. se déployèrent en courant de chaque côté du trottoir, s'embusquant derrière les arbres, s'agenouillant en position de tir.

Sans aucune provocation, sans sommations, ils ouvrirent subitement le feu sur les gens qui se trouvaient dans la rue, sur les femmes, sur les enfants. C'était terrifiant et révoltant, incompréhensible. On m'a dit plus tard que des C.R.S. avaient été blessés ou tués. Pour moi, je ne vis personne les attaquer. En fait, deux barrages de C.R.S. se faisaient face à quelque distance, l'un Boulevard Baudin, l'autre avenue de la Gare. Ils tirèrent ensemble sur la foule, en tir croisé, et un peu dans tous les sens. Je suis persuadé qu'ils se sont blessés les uns les autres involontairement. Plus tard, à l'hôpital, j'en ai témoigné devant des policiers. Je n'ai plus jamais entendu parler de mes déclarations et je crois qu'on n'en a tenu aucun compte.

J'ai été rapidement blessé à l'abdomen. Je me suis glissé sous une voiture pendant que la fusillade continuait à faire rage. Quand le feu a cessé je me suis relevé, je voulais regagner mon hôtel, tout proche, mais je suis tombé. Il y avait plusieurs victimes, des gens se précipitaient pour porter secours, un prêtre est venu me bénir. Les propriétaires de l'hôtel se sont occupés de moi, ils ont arrêté un camion, on m'a chargé sur une civière et emmené tout de suite.

Ce camion devait venir de la rue d'Isly. Nous étions entassés les uns sur les autres, mélangés, dans le sang. Le véhicule s'est encore arrêté pour prendre un homme gravement atteint, il est mort près de nous.

A l'hôpital nos brancards ont été déposés sur le sol, alignés. Quelqu'un a déclaré en me montrant : "Celui-là, ça presse !" On m'a dirigé vers une salle d'opération. J'ai été déshabillé. Avant de m'endormir, j'ai entendu le chirurgien dire : "Il n'y a plus une goutte de sang dans l'hôpital". Heureusement, quand je me suis réveillé on m'a appris que de nombreux Pieds-Noirs s'étaient présentés en une demi-heure pour donner leur sang.. Mon état était grave, j'avais cinq perforations intestinales. Pendant cinq ou six jours on n'a pas su vraiment si je survivrais.

Alger vivait un drame effroyable, je m'y sentais mal et j'avais hâte de retourner chez moi, mais je ne possédais plus ni papiers ni argent. Les infirmières se montrèrent très gentilles. L'une d'entre elles m'emmena en voiture à l'aéroport, en vain, elle dut me ramener. Une autre prit le relais, et cette fois-ci je parvins à me faufiler, sans pièces d'identité et sans billet dans un avion qui rejoignait Toulouse. J'empruntai un peu d'argent à une hôtesse et je téléphonai à mon père. Il vint me chercher mais quand il se présenta face à moi il ne me reconnut pas tant j'étais changé et amaigri.

Pendant des années, je n'ai pu rencontrer de C.R.S. sans éprouver une vive émotion faite de crainte et de colère ".

 


MONSIEUR ET MADAME JOBIN

 Partant en retard de notre domicile, 2, rue du Cdt Dagnaux, ma femme a d'abord discuté avec un garde mobile en poste en haut de la rue Lacépède, lequel lui a dit : vous verrez cela sera encore pire qu'à Bab-El-Oued" Savait-il quelque chose ?? Arrivant au coin de l'avenue Pasteur elle a vu un détachement de tirailleurs algériens en faction, ayant l'inscription : « W4 » (sans doute Willaya 4) sur les casques. Se joignant à la foule elle est arrivé à hauteur du Bon Marché, devant le photographe Delorme lorsqu'elle a entendu le début de la fusillade. Les jeunes gens du service d'ordre se trouvant là ont obligés toutes les personnes du cortège à se ranger immédiatement le long des murs et des immeubles. Mon épouse a réussi à joindre la rue Généraux Morris du côté du XIX Corps d'Armée et entrer dans un immeuble d'ou elle a pu, chez un locataire, nous téléphoner pour nous rassurer. Elle a ensuite gagné le Commissariat du Gouvernement Général, rue Berthezène. Là , il a fallu l'intervention des agents de police pour qu'avec d'autres personnes elle puisse regagner notre domicile, les Gardes mobiles menaçant de tirer sur celles qui avanceraient vers eux" Voici ce qu'elle a pu voir et constater au cours de cet aprés-midi tragique du 26 mars 1962;

 


MADAME BENOIS ET D'ANNE-MARIE GERARDIN, SA FILLE

Madame Benois et sa fille, alors âgée de 19 ans, se sont enfuies vers la Place Bugeaud dès le début de la fusillade.

Le 26 mars 1962, nous nous sommes rendues à la manifestation en faveur des habitants de Bab-El-Oued. Nous étions accompagnées de notre fils et du jeune frère Pierre et d'un de ses camarades, tous deux âgés de seize ans. Nous voulions simplement montrer notre sympathie à ces pauvres gens assiégés qui ne pouvaient même plus enterrer leurs morts. Venant de notre domicile, rue Meissonnier, nous sommes passés par la rue Michelet. Les "barrages" militaires que nous avons rencontrés n'étaient pas de vrais barrages, ils n'ont rien fait pour nous interdire d'aller plus loin. Nous nous sommes donc trouvés place de la Poste un bon moment avant 15 h, heure prévue pour la manifestation. Pierre insistait pour que nous restions là jusqu'à 15 h, nous ne l'avons pas écouté, heureusement. Le cortège s'était déjà ébranlé et nous y avons pris place. Nous tenons à en témoigner, la manifestation était absolument pacifique, la foule était trés calme, on n'entendait aucun slogan. Personne n'était armé, nous en sommes sûres. A l'entrée de la rue d'Isly, nous avons remarqué un groupe de militaires musulmans d'allure effrayante. Anne-Marie : J'étais inquiète et j'ai demandé à l'un de ces soldats la permission de passer. Il m'a répondu : "Ti passes, ti passes, dépèche-toi!" Il me semble que j'entends encore sa voix. Nous étions arrivés en face du Bon Marché quand la fusillade a éclaté derrière nous. Nous avons couru et nous avons perdu les garçons. Anne-Marie : Ma mère est tombée et s'est légèrement blessée au genou. Moi, j'ai perdu mes chaussures. Je les ai d'ailleurs retrouvées au retour. Nous sommes arrivées à la caserne Bugeaud. Avec d'autres personnes nous avons demandé aux militaires d'ouvrir les portes pour nous mettre à l'abri. Ils ont refusé de nous accorder ce secours. Nous nous sommes réfugiées rue Mogador dans un couloir. Nous sommes ensuite retournées rue d'Isly où nous avons retrouvé Pierre. Son petit camarade s'était trouvé prés de la guérite de la caserne, cherchant un asile. La sentinelle l'avait pris en pitié et lui avait dit : "Cache-toi ici, mais dépèche-toi, je n'ai pas le droit de t'aider." Nous avons marché rue d'Isly au milieu des blessés, des morts, du sang. Un médecin nous a parlé un instant de l'horreur de ce qu'il découvrait. Madame Benois : Nous sommes allés chez ma soeur, 47, rue d'Isly, au dernier étage. De là, nous regardions la rue.

 


MARIE-LOUISE SEIBERRAS

cousine de Guy Mazard

Le 26 mars 1962, en début d'après-midi, mon jeune cousin germain, Guy Mazard, passa me voir et insista pour que j'aille avec lui à la manifestation en faveur des habitants de Bab-El-Oued. Comme j'étais dans l'impossibilité de l'accompagner, il s'y rendit, avec son père, et laissa sa voiture rue Edgar Quinet, près de chez moi, car il craignait que les 'forces de l'ordre" ne lui fassent subir des dégâts. Il ne pensait évidemment pas prendre lui-même des risques graves.

Dans la soirée, ma tante m'appela et je n'entendis qu'une phrase : "On m'a tué mon fils! ".

Bien que nous ayons pu ramener le corps à son domicile, les obsèques de Guy se déroulèrent à la sauvette. Le chanoine Lecoq vint donner une bénédiction à la maison car on nous avait interdit l'église. Au cimetière un petit détachement de militaires bien indifférents à notre douleur nous surveillait. Un jeune officier se permit d'avertir : "Attention, pas de manifestations !". ulcéré, mon oncle répondit : "Foutez-moi la paix ! Laissez-moi enterrer mon fils... ou je vous mets dans le trou avec lui."

 


BERNADETTE MALINCONI

 J'étais accompagnée par mon mari qui a été entraîné vers l'immeuble du Crédit Foncier aux premiers coups de feu (son témoignage).

Notre ami Guy Mazard, tué sur les escaliers de la Grande Poste, était à côté de moi et a cherché à se mettre à l'abri. Les escaliers lui ont été fatals. Il était une cible trop visible.

Moi, je me suis allongée tout de suite au sol à l'abri dérisoire du trottoir des abris bus.

C'est la première fois que j'écris ce que j'ai vécu. Je ne peux l'exprimer. J'avais 21 ans et après 31 ans c'est toujours là

 


ANDRE BERRET

blessé

Avec toute la famille, nous partons. Les rues sont emplies de gens silencieux au visage tendu. Je pense à mes grands-parents, enfermés dans Bab-El-Oued depuis plusieurs jours. Les rumeurs les plus folles circulent. On ne sait plus discerner le vrai du faux. L'intox du fantasme...

Mais une chose est certaine, la vie y est difficile et le ravitaillement aléatoire. Quant à la violence des forces de l'ordre, chacun y va de son couplet.

Nous descendons du GG puis arrivons devant la grande Poste. Nous y rencontrons un premier barrage de l'armée. Je souris car ces soldats débordés semblent bien impassibles, voir débonnaires... funeste erreur! En vérité, c'est le premier acte du piège qui vient de tomber.

Je note que certains de ces soldats sont arabes. Je m'en étonne. La foule est immense, serrée dans toute la largeur de la rue d'Isly. Le silence est impressionnant: pas de slogans, pas de banderoles. Nous avons pour consigne de marcher sur le blocus de Bab-El-Oued. Sans armes... ce que déplore mon père, inquiet.

Avec ma famille nous arrivons à hauteur du "Milk Bar", et soudain c'est l'horreur qui éclate avec les premiers coups de feu. Sans aucune sommation. Ils semblent jaillir de toute part. Qui tire? d'où? Pourquoi? J'entends crier "halte au feu"... sans succès! Toutes ces questions défilent dans ma tête à la vitesse des détonations. En me jetant à terre j'ai le temps d'apercevoir des gens étendus sur la route et les trottoirs. Certains semblent touchés.

Puis soudain une terreur folle traverse mon esprit : où sont mes parents? Sans ne plus penser à rien d'autre je me relève : une rafale de mitraillette passe au dessus de ma tête et fracasse la vitrine d'un magasin. Je tombe sous le poids de la vitre, cela me sauvant peut être et je protège mon visage de mes bras. Apercevant mes parents à l'angle de la rue, alors que profitant d'une accalmie la foule se redresse pour fuir, je cours vers eux.

C'est alors que du sang coule de la manche de mon pull-over et l'inonde tout entier. La peur, l'angoisse m'étreignent : où suis-je touché? On me pousse dans un couloir, on me déshabille, on me palpe. Ouf : ce n'est que le bras ; je ne peux plus bouger la main, un mouchoir sert de pansement et de garrot, car il faut arrêter le sang, qui a taché le manteau clair de ma mère.

Autour de moi on s'agite en tous sens, on ramasse les blessés, on ne sait s'il y a des morts. J'entends des sirènes. L'affolement est général.

A l'hôpital, je ne sais plus lequel, on met quelques points de suture à mon avant-bras. Tout le personnel est sur le pied de guerre, prêt à, faire le maximum.

Sur le chemin du retour, c'est une ville en désordre que j'aperçois : des groupes de gens qui vont en tous sens avant de rentrer à la maison. Impression d'anarchie et d'hébétude, le ciel nous est tombé sur la tête. "Notre" armée nous a tiré dessus! On ne comprend plus rien. Qui a osé. faire ça???

C'est la déroute qui vient de nous emporter... et l'espoir semble être à jamais enfui! La certitude de l'abandon, de la trahison font aussi mal que le sang coulé. Ce n'est que le lendemain que j'apprendrai, avec Alger anesthésiée, les morts par dizaines.

Après un mois de "main inutilisable" et paralysée on m'opérera aux Glycines (je crois) où le chirurgien fera un miracle en recousant chacun des tendons coupés par, je suppose, le bris de la vitrine. Et retrouvant presque la totale mobilité j'irai poursuivre la rééducation à Paris où l'on admirera le travail du chirurgien Pied Noir. Nous sommes le 22 juin et... après des heures d'attente... mon père a réussi a obtenir une place dans l'avion pour la capitale.

C'en est fini de l'Algérie Française et l'exode commence... douloureuse histoire...

Quant à moi je suis pensionné "civil victime de guerre" à 10 %

Mais c'est une autre blessure qui subsistera en moi : celle de tous les morts oubliés, insultés, de ce 26 mars. Date anniversaire qui chaque année réveille ma mémoire et ma peine."


 MME DUPUY  (mari décédé le 26 mars) (extrait livre interdit)

Brutalement la fusillade avait éclaté. Affolés nous avons cherché une entrée d'immeuble. Un moment nous avons été séparés par la cohue. Quand j'ai aperçu mon mari, il était couché sur le dos. Pour protéger son visage, pendant que la fusillade continuait, je me suis couchée sur lui. Quand j'ai pu enfin lui parler parce que la foule était enfin dispersée et à l'abri dans les couloirs des immeubles. Je me suis relevée et j'ai constaté qu'il ne pouvait pas se relever. Je lui ai alors demandé s'il souffrait, il m'a répondu : « Je suis blessé ». Je lui ai demandé : « Par une balle perdue alors ? ». Il a dit : « Il m'a visé et tiré ». J'ai demandé de l'aide. La fusillade continuait. Un officier criait au dehors « Arrêtez ». Cet ordre n'a pas été suivi. Il a fallu attendre longtemps que les pompiers puissent passer.

J'ai vécu un véritable calvaire. Ce n'est que le lendemain à l'ouverture de l'hôpital que j'ai pu retrouver son corps. Malgré toutes les multiples démarches, tant à la Croix-Rouge qu'auprès d'un prêtre, je n'ai rien pu obtenir pour emporter le corps de mon mari. Ce n'est que le 28 que j'ai retrouvé son corps au dépositoire du cimetière de Saint-Eugène.


M MESQUIDA  (épouse décédée le 26 mars 1962)

            Et puis, avec la soudaineté d'un éclair, l'affreux Uranie a éclaté. Un tir extrêmement nourri provenant d'armes automatiques de toutes sortes nous arrosa, nous tous qui étions là ; nous nous jetâmes violemment sur la chaussée parmi les cris de «couchez-vous» que certains d'entre nous faisaient entendre. Et le tir aussi continua, toujours dirigé contre nous. Je me trouvais à cinquante centimètres de mon épouse et de mon oncle. Un homme était couché contre moi, son corps me masquait l'entrée de la rue d'Isly. Mais je voyais sur le trottoir où se trouve le café «  Le Derby », plusieurs soldats musulmans. J'en voyais plusieurs. Mais je n'en regardais qu'un. J'étais horrifié car la scène à laquelle j'assistais dépassait les limites de l'horrible. Cha­que fois qu'un cri de douleur s'élevait de cette masse de corps allongés, ce soldat musulman, revêtu de l'uniforme français, cette bête immonde, en ricanant, en insultant,  dirigeait vers l'endroit d'où semblait venir le cri de douleur, le tir de son pistolet-mitrailleur. C'était affreux ; c'était épouvantable ; c'était abominable. Nous vécûmes ainsi durant de longues minutes un affreux cauchemar. Et, à ce moment, j'entendis mon oncle appeler ma femme : « Jean­nine, Jeannine, vous êtes touchée ? » La malheureuse mar­tyre venait d'être foudroyée. J'apercevais son corps, ses pieds à quelques centimètres de ma figure… Et je voyais toujours cet abominable monstre qui continuait  à  cracher la mort. La balle qui venait de frapper ma femme provenait-elle de son arme ? Il res­semblait à un arroseur municipal qui arrose consciencieu­sement la chaussée.

Mais un tel crime, est-il possible qu'il reste impuni ?

            Vous, officiers français, remuez ciel et terre afin de savoir quelles étaient ces bêtes féroces, revêtues d'un uni­forme français, qui se trouvaient à l'entrée de la rue d'Isly et qui ont assassiné sans arrêt. Sachez, officiers français, cet horrible détail qui risque de salir pour l'éternité vos uniformes. Cette martyre, mon épouse, était une métro­politaine originaire de Cozes (Charente-Maritime). Elle était venue en 1946 en Algérie, où sont nées mes quatre petites filles. Epouse d'un grand mutilé, grièvement blessé en participant à la libération de la métropole, cette métro­politaine a été tuée par les balles françaises.

Alfred MESQUIDA,

Instituteur, Né le 19-7-1925 à Alger, Grand mutilé de Guerre 100 %

Chevalier de la Légion d'honneur, Médaillé militaire,

cité à l'ordre de l'Armée le 19 avril 1945 par M. le Général de Gaulle, Chef du Gouvernement de la République Française.

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TEMOIGNAGES DE MEDECINS

M. TRO

M. Tro était Commis Principal à l'hôpital Mustapha d'Alger, chargé des équipements médicaux, chirurgicaux, radiologiques et de laboratoire. Par ses fonctions, et parce qu'il était délégué syndical CFTC, M. Tro était en contact avec toutes les catégories du personnel de l'hôpital. Il y jouissait d'une notoriété certaine. Dirigeant dès l'adolescence des mouvements de jeunesse chrétienne (dans ce cadre, il a connu et souvent rencontré Albert Camus), il s'est toujours occupé d'action sociale.

"La veille on parlait déjà de ce grand rassemblement du 26 mars. Les Algérois voulaient apporter leur sympathie aux gens de Bab-El-Oued enfermés dans un ghetto, privés de lait, de nourriture, de soins. Il y avait là des morts qu'on ne pouvait même pas enterrer. A cela s'ajoutaient les actions épouvantables des gendarmes... ce n'étaient plus les gendarmes et les C.R.S. que nous avions connus, il s'agissait de la police de De Gaulle. Ils cassaient tout, les meubles, les réfrigérateurs, ils prenaient ce qu'ils voulaient dans les maisons, se livraient à tous les vandalismes. C'était intolérable. Dans la population des autres quartiers l'émotion et l'indignation montaient. Les organisateurs de cette réunion de masse recommandaient fermement : pas de provocations ni de slogans antigouvernementaux, aucune arme, rien que des drapeaux. Nous savions que la manifestation serait bien encadrée... pourtant je m'inquiétais.

A l'hôpital, le 26 mars n'avait pas été prévu comme une journée sanglante. L'établissement était vidé de son personnel. Les employés musulmans, 60 % du personnel, avaient quitté leur service depuis le cessez-le-feu du 19 mars, sur l'ordre pressant du F.L.N. et la moitié des européens se rendaient à la manifestation. Il ne restait qu'un service minimum. D'ailleurs, beaucoup de lits étaient inoccupés, il n'y avait plus guère de malades musulmans. Ils formaient habituellement la grosse majorité des hospitalisés.

Je m'y trouvais seul avec le Professeur Portier. C'était le chef du laboratoire central. Le Docteur Jean Massonnat était l'un de ses adjoints. Le Professeur m'a proposé "d'aller faire un tour". Nous sommes sortis par la porte du haut. Parvenus rue Denfert Rochereau, à hauteur du cinéma Empire, nous avons entendu une pétarade... des rafales. J'ai dit :

  • "Il vaut mieux rentrer!
  • Ils sont juste en train de tirer en l'air ou à blanc pour éparpiller les gens... disperser.
  • Rentrons si vous voulez bien, il vaut mieux".

 

Nous sommes revenus par la même porte du haut et nous nous sommes dirigés vers le pavillon de garde, près de la porte centrale, rue Battandier. Alors sont arrivés des camions militaires, des Dodge. Ils débordaient de blessés, de morts, mélangés, entassés. On les déversait comme des sacs de farine. On lâchait les ridelles et tout tombait sur les côtés. C'était honteux, honteux, honteux!

Nous n'avions pas de brancardiers. Les soeurs, les médecins, tous ceux qui étaient là ont commencé le transport. Les employés de l'hôpital arrivaient par petits groupes, infirmiers, médecins, chirurgiens, très vite. En à peine un peu plus d'une demi-heure tout le personnel européen avait rejoint son poste. Les chirurgiens bien sûr n'étaient pas habituellement présents l'après-midi sauf ceux qui étaient de garde, ils sont venus immédiatement. Le premier que je prends dans mes bras... c'était le Docteur Massonnat! "mais c'est pas possible, c'est lui! oui c'est lui!" Il était là dans mes bras, il me vomissait du sang dessus. Je n'ai pas pu m'en empêcher, c'est parti tout seul, j'ai appelé le Professeur Portier

  • "Venez voir, Monsieur Portier! On a tiré à blanc sur votre assistant!"

Le Professeur était livide, il répétait :

  • "C'est pas vrai! C'est pas vrai!"!"

La soeur Anne a dit :

  • On va le sortir de là! On va le mettre à la communauté."
  • Oui ma soeur, mettez-le à la communauté, mettez-le où vous voulez. Pour Jean Massonnat, c'est fini! C'est terminé!".

Ils l'avaient fusillé à bout touchant, pas à bout portant, à bout touchant. C'est Monsieur Debaille qui nous l'a fait remarquer : "Ces salauds! Ils lui ont tiré dessus à bout touchant. Regardez, il y a encore la trace de la poudre!"

Je ne sais pas si d'autres ont été tués de la même manière, pour eux je ne peux rien affirmer, il y en avait tellement! On leur enlevait leur veston, leur chemise, vite. Pour Massonnat, oui je l'ai vu. Les soeurs ont emporté le corps chez elles, elles l'ont lavé, habillé... pour qu'il ne soit pas dans la masse des morts. Le lendemain, il a eu des obsèques, malgré les complications administratives.

Massonnat était un ami. Il venait me voir souvent, il demandait toujours de nouveaux matériels. Je faisais tout mon possible pour le satisfaire, je savais qu'il faisait avancer la science, c'était un savant. S'il n'était pas mort il serait devenu un grand bonhomme.

J'ai fait le tri des morts et des blessés. On emportait ceux qui pouvaient attendre une opération dans les services de chirurgie, on gardait les cas les plus urgents au pavillon de garde. On a opéré à tour de bras. Certains sont morts au cours de l'opération, malheureusement.

Au dépôt mortuaire, on les mettait les uns sur les autres. Quand on voulait voir un mort il fallait le chercher... débarrasser un tas de cadavres pour le trouver. C'était épouvantable. On dit qu'il y a eu 80 morts. Moi, je ne travaillais pas aux services administratifs, je ne peux pas citer de noms, mais je dis qu'il y avait 120 morts Je puis affirmer que sur les morts et les blessés que nous avons reçus aucune arme à feu n'a été trouvée, ni couteau, ni rien.

Il y a un autre souvenir qui me peine... un petit musulman, un employé de l'hôpital. On l'appelait Zoubir, il avait 19 ou 20 ans. Ce garçon était atteint d'une hépatite virale, on l'avait hospitalisé à la clinique médicale A. La Soeur Raphaëlle me disait toujours : "Le petit Zoubir, vous savez, il est fatigué, il est bien fatigué." Il était vraiment très malade. Le petit Zoubir est venu : 'je me mets à votre disposition, je voudrais brancarder." Il a aidé à transporter les blessés. Il a été repéré... Le F.L.N. l'a assassiné le lendemain.

Voilà le 26 mars. Cette journée s'est finie dans le malheur pour beaucoup de familles. Aujourd'hui encore on pleure. C'est un souvenir qui nous déchire le coeur."

 


R. DEBAILLE

Ancien chirurgien assistant du CHU d'Alger, ancien chef de clinique à la Faculté et interne médaillé d'or des hôpitaux, le Docteur Debaille a eu le triste devoir d'assister aux derniers instants du Docteur Jean Massonnat assassiné en portant secours à un blessé.

"Les circonstances entourant le massacre du 26 mars 1962, à Alger, vues par le personnel médical des Hôpitaux d'Alger, étaient les suivantes: Compte tenu de la fréquence et de l'importance des arrivées de blessés, une salle de l'hôpital, près du Bureau des Entrées, Avenue Battandier, avait été aménagée en salle d'hospitalisation d'urgence. C'était le "Vieux Daviel ", qui réhabilité et repeint, pouvait contenir environ soixante-dix lits groupés en salle commune. Les soeurs de l'hôpital en assuraient le service médico chirurgical. Leur travail avait été récemment accru par la grève totale de tout le personnel musulman de l'hôpital, sollicité et manipulé par le F.L.N. et qui avait abandonné l'hôpital depuis une semaine (19 mars 1962).

Les gardes des médecins et surtout des chirurgiens avaient été renforcées, nécessitant la présence de plusieurs équipes conjointes et l'ouverture ou la mise en astreinte de plusieurs services, chaque jour, compte tenu du nombre de blessés.

Pour porter secours au blocus de Bal-El-Oued, effectué par la troupe française, un défilé pacifique avait été prévu le 26 mars 1962. Le rassemblement s'était effectué à 14 heures devant la poste, au Plateau des Glières et au début de la rue d'Isly et s'était ébranlé en direction de Bab-El-Oued.

J'étais de garde ce jour là à l'hôpital Mustapha et j'ai été appelé, en urgence, à la salle Daviel, vers 15 heures 30. Le premier dodge command-car avait déjà débarqué son contingent de blessés et l'un des premiers débarqués était mon ami Jean Massonnat qui ai été allongé sur un lit. A son chevet se tenaient la Mère Supérieure de la Communauté Soeur Anne et Martial Tro qui dirigeait le Bureau des Entrées. Jean était au plus mal, très gêné pour respirer. J'eus le temps de le soulever un peu, en le prenant dans les bras. Il me regarda et me dit simplement : "Tu vois, Roger" et sa tête s'affaissa définitivement sur mon bras. Avec Martial Tro et la Bonne Soeur pour m'aider, nous vîmes que sa veste était perforée et brillée selon un rond, à sa partie postérieure moyenne, à droite. Il avait, à la partie moyenne du dos, à droite, une large plaie anfractueuse, en cratère cylindrique de la base de l'hémithorax droit et à la face antérieure du gril costal droit une large plaie déchiquetée littéralement explosée, signant qu'il avait été blessé de dos.

Eprouvé, je regagnai immédiatement le Service Bichat-Nélaton pour opérer les multiples blessés qui affluaient déjà.

Le lendemain matin 27 mars 1962, accompagnant le Professeur Goinard, toute l'équipe chirurgicale de la Clinique Thérapeutique de l'Université se rendit à la Morgue. On dénombra près de quatre-vingts morts bar balles, entassés dans les locaux de la morgue. De multiples photographies avaient été faites avec l'appareil photographique du service. Mais les deux rouleaux de pellicule, envoyés naïvement et comme à l'accoutumée au développement en France, ne sont, cette fois, jamais revenus."

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TEMOIGNAGES DE MILITAIRES

A. Alcaras et L Manduca

anciens policiers à la circulation

"Le matin du 26 mars 1962 nous assurions le service de la circulation. Nous avons reçu l'ordre, ainsi que plusieurs de nos collègues, de quitter notre service, d'aller déjeuner rapidement, et de nous présenter à 12 h 30 au plateau des Glières. Nous y sommes arrivés à quatre dans la 4 CV Renault de l'un d'entre nous. Nous avons laissé la voiture sous l'horloge de la Poste. Habituellement, dans la rue d'Isly, le stationnement était autorisé entre 12 h 30 et 13 h 30. On nous et confié la mission d'interdire tout stationnement afin de laisser la rue complètement dégagée. La circulation a été coupée un peu plus loin. Si nous avions su ce qui allait se passer nous n'aurions pas empêché les automobilistes de garer leurs voitures. Celles-ci auraient au moins fourni un abri à certaines personnes qui n'en ont trouvé aucun. Le nombre des morts et des blessés en aurait été diminué.

Les tirailleurs sont arrivés après nous.

La foule s'est rassemblée peu à peu et le cortège s'est ébranlé. Les militaires ont laissé passer. Nos deux collègues étaient restés à l'entrée de la rue d'Isly et nous étions sur la place Bugeaud. Le défilé est passé devant nous. Il couvrait toute la largeur de la rue d'Isly, les premiers rangs avaient déjà dépassé les Galeries de France. Les gens étaient calmes et nous sommes sûrs qu'ils n'étaient pas armés.

La fusillade s'est déclenchée. Deux de nos collègues se sont réfugiés dans un immeuble de la rue Chanzy avec un groupe de personnes qui ont couru dans les étages. Eux sont restés derrière la porte refermée. Des tirailleurs ont essayé d'enfoncer cette porte, ils ont enfin réussi à l'ouvrir et sont entrés très menaçants. Voyant les uniformes de police ils se sont arrêtés net.

Nous, nous étions toujours sur la place Bugeaud.

La rue d'Isly présente une longue ligne droite et les fusils mitrailleurs portent à deux ou trois kilomètres... les balles arrivaient jusqu’à nous, on les entendait siffler. Les F.M. placés à l'entrée de la rue d'Isly, des deux côtés, tiraient dans le dos des gens. Tous se sont pressés contre les magasins, mais les balles ricochaient contre le marbre des façades, brisaient les vitrines, et les glaces tombaient en faisant guillotine. Il y a eu une accalmie. Certains se sont relevés, ont voulu porter secours aux blessés ou s’enfuir et le feu a repris. Les ambulances sont arrivées, cela a fini par s'arrêter.

Nous nous sommes dirigés vers la Poste. Partout le sang. formait un ruisseau rouge. Au milieu de la rue d'Isly, au carrefour Pasteur, nous avons trouvé le Docteur Massonnat. Il était légèrement de biais, la tête tournée vers la Poste. Il portait une veste en daim marron foncé. Sa trousse médicale était près de lui., il tenait un garrot en caoutchouc dans la main. Très près de lui il y avait un vieux monsieur, avec sa boite crânienne complètement ouverte et la cervelle, à un mètre environ, déposée sur le macadam... horrible. Nous avons commencé à charger les cadavres, trois GMC ont été remplis. Un médecin vérifiait rapidement et on les empilait... environ 40 par camion. Les ambulances emportaient les blessés. A notre avis le nombre des tués dépasse largement les 80 qui ont été publiés.

Nous avons retrouvé la voiture de notre collègue sous l'horloge. La carrosserie portait trois ou quatre points d'impact. A l'intérieur, les coussins étaient littéralement hachés, on y voyait une multitude de petits trous et nous avons pensé que seules des balles explosives pouvaient occasionner de tels dégâts. Derrière la voiture se trouvait le corps d'un vieil homme. Il aurait dû y être à l'abri. On voit mal comment il aurait pu être tué là si on ne l'avait pas poursuivi!

Nous devions ensuite rejoindre le commissariat central. Sur le boulevard Carnot, le capitaine commandant un barrage prétendait nous empêcher de passer. Il a fallu que nous menacions de faire un rapport pour qu'il finisse par se laisser convaincre, après avoir fait vérifier soigneusement nos identités et nos cartes professionnelles.

Les Algérois ont déposé des fleurs sur les lieux du massacre. Les policiers ont reçu l'ordre de les enlever. Nous avons tous répondu : Ah non! Nous n'enlèverons pas les fleurs. Nous ne pouvons pas faire ça!" On nous a menacé en affirmant que c'était une désobéissance mais nous n'avons pas cédé".

 


COLONEL (ER) BOSVIEL

 

"Le massacre qui fit plus de cinquante morts et plus de cent cinquante blessés dépasse en horreur tout ce qu'on peut imaginer. Il présente des aspects extrêmement troublants en ce qui concerne le comportement du service d'ordre mis en place.

Annoncé par des tracts apposés en ville, le rassemblement devait se faire pour 15 heures au Plateau des Glières. La manifestation avait été interdite par le Préfet de Police.

A 13 heures, le service d'ordre (des tirailleurs pour toutes les voies d'accès menant au Plateau de Glières, sauf des C.R.S. à hauteur du boulevard Laferrière et avenue Pasteur) était en place.

On pouvait penser qu'il s'emploierait à éviter le rassemblement de la foule puisqu'il tenait les voies d'accès au Plateau des Glières. Il n'en fut rien. La foule fut laissée libre de se rassembler après une fouille par certains barrages.

Vers 14 h 15 plus de deux mille personnes étaient entassées sur le plateau.

Une grave question se pose : pourquoi le service d'ordre a-t-il toléré le rassemblement puisque la manifestation était interdite? Son rôle n'était-il pas d'éviter sa formation au lieu de laisser entrer les gens comme dans une nasse?

A 14 h 30, en avance sur l'horaire, le cortège, drapeaux en tête, se forma et se présenta au barrage de la rue d'Isly. Les hommes de tête discutèrent un moment avec l'officier (un lieutenant français) qui, après des hésitations, donna libre accès au cortège. Il fut acclamé par les manifestants qui se mirent en route en chantant la Marseillaise.

Ayant suivi la foule, je me trouvais vers la Place d'Isly quand j'entendis des rafales de mitrailleuses. Je quittai le cortège, fis demi-tour et revins sur mes pas. Arrivé à hauteur de l'avenue Pasteur, la fusillade faisait rage. Je vis des tirailleurs fusillant à bout portant tous les malheureux (hommes, femmes, enfants) passant à leur proximité. Tous les postes placés aux différents endroits tiraient, vers la Poste, rue d'Isly, avenue Pasteur, escaliers Lacépède. Partout des corps allongés dans des flaques de sang. La fusillade dura environ quinze minutes. Je vis des tirailleurs recharger leurs armes...

On a parlé d'affolement de la troupe. Ce n'est pas vrai. J'estime que les tirailleurs savaient pertinemment ce qu'ils faisaient. Je les ai commandés pendant plus de trente ans et je connais leur comportement. On leur avait certainement dit qu'on allait à cette manifestation et que l'on tirerait sur la foule. Qu'ils n'aient pas attendu l'ordre de leur chef qui, entre parenthèse, semble n'avoir eu aucune autorité, cela est vraisemblable ; mais le fait de leur avoir dit que l'on allait tirer a suffi.

D'autre part, pourquoi les armes étaient elles chargées avant la manifestation ? Il ne s'agissait pas d'aller au combat. Il s'agissait d'un service d'ordre. Le rôle de la troupe, en ce cas, n'est-il pas de faire l'impossible pour ne pas arriver à se servir des armes?...

De tout ceci il résulte :

  • que le rassemblement de la manifestation a été toléré par le service d'ordre, malgré l'interdiction de la Préfecture de police.
  • La foule a été groupée comme dans une nasse sur le Plateau des Glières.
  • Aucune provocation, aucun coup de feu quel qu'il soit n'a été tiré, ni de la foule, ni des terrasses, ni des balcons.
  • Le cortège s'étant présenté au premier barrage de la rue d'Isly, est passé librement avec l'autorisation de l'officier. Aucune tentative de forcement n'a été faite.
  • Le feu a été ouvert par le groupe du premier barrage, celui qui avait laissé passer le cortège. Le tir a été effectué dans le dos des manifestants.

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15 février 2013

REVUE DE PRESSE

LA FUSILLADE DE LA RUE D'ISLY COMMENTEE PAR LA PRESSE ETRANGERE

Nous n'avons pas voulu ajouter nos commentaires aux extraits de la presse étrangère préférant ainsi que chacun fasse sa propre analyse.


Daily Express

35 morts : les journalistes assistent à la boucherie dans la rue - 15 minutes de massacre ! Des soldats fauchent la foule française.

"Des soldats de l'armée française aujourd'hui ouvrirent le feu à l'arme automatique sur 5000 européens et européennes qui marchaient dans Alger en brandissant des drapeaux tricolores et en chantant la Marseillaise

Beaucoup de ces gens s'écroulèrent les jambes brisées par les balles. Les femmes en criant se précipitaient sous les voiture en stationnement ou passaient au travers des vitrines de magasins pour fuir le tir fauchant. Une jeune fille tombe, le bras presque arraché et ses sandales glissent dans le caniveau.

Dans l'entrée d'un magasin sont recroquevillés deux hommes tenant un drapeau français. Cela ne les sauva point. Un soldat les tua à bout portant.

Durant 15 minutes les troupes maintinrent le feu. Elles tuèrent 35 personnes et beaucoup des 130 blessés mourront avant demain. Nous étions protégés des balles par le mur humain de la foule qui nous entourait.

Quelques instants avant que le carnage ne débute, les Européens riaient et serraient les mains des soldats casqués qui allaient les faucher. Ces soldats étaient des musulmans algériens appelés à servir dans l'armée française dans des unités mixtes, à côté de militaires français du contingent...

... L'O.A.S. avait distribué des tracts... La foule animée, drapeaux au vent, et chantant se dirigea vers la droite, jusqu'à la ligne de militaires. Un autre défilé venait par derrière, d'une autre rue perpendiculaire.

Durant quelques temps les soldats hésitèrent, alors un officier cria : "Fermez les rangs". Soudain il y eut un second ordre, un témoin visuel dit qu'il fut donné par un officier français. Il y eut un coup de feu bref suivi de deux autres coups. Alors ce fut le crépitement des mitrailleuses, les soldats affolés, croyant qu'ils étaient débordés tiraient devant eux. Tapage infernal.

Dans une rue qui n'offrait aucun abri, hommes et femmes fuyaient en criant. Les balles les frappaient dans le dos. Certains essayèrent de tourner au coin de la rue mais d'autres mitraillettes les attendaient alors.

Depuis deux autres rues transversales, les troupes ouvrirent aussi le feu alors que la foule se précipitait à travers les devantures des magasins et les entrées de maisons : aucun endroit où fuir. Mais quelques fois, ils couraient droit sur les fusils des soldats.

Les officiers hurlaient le cessez-le-feu mais leurs hommes ne les écoutaient pas et le tir continuait.

Quand il stoppa finalement, une jeune fille tenant un drapeau tricolore teinté de sang en recouvrit deux hommes tués dans l'entrée d'un magasin. Elle pleurait et dit : "Maintenant nous en avons réellement fini avec la France". Comme pour souligner ces mots, un prêtre portant un brassard de la croix rouge, allait seul et hagard, se baissant tous les cinq pas pour réconforter les mourants.

Des civils se penchèrent aux fenêtres en agitant des mouchoirs blancs vers les soldats nerveux..."

 


The Times

Les troupes tirent sur la foule à Alger - 50 tués et 150 blessés parmi les manifestants

L'intervention de l'armée en Algérie contre l'O.A.S. (Organisation de l'Armée Secrète) a subi un désastreux échec aujourd'hui, quand une compagnie nerveuse et harassée composée principalement de troupes indigènes d'un régiment de tirailleurs algériens a ouvert le feu, en plein coeur d'Alger, sur un cortège de civils européens, en tuant au moins 50, dont de nombreuses femmes et enfants, et en blessant quelques 150 autres.

A la fois l'O.A.S. - pour avoir appelé à manifester - et les autorités françaises - pour avoir placé une patrouille à prédominance indigène sur le chemin de la manifestation que d'autres troupes avaient déjà laissée passer sans intervenir - doivent porter également la responsabilité de cet événement, avec comme résultat possible une guerre civile généralisée. Déjà, dans la soirée, en moins d'une heure, 11 musulmans ont été abattus dans des attaques de terroristes européens.

On ne peut établir exactement comment la fusillade a commencé, même chez ceux qui ont échappé dans la panique générale. Cependant l'action peut être retracée comme suit : une manifestation européenne, déclenchée par l'O.A.S. pour protester contre le siège de Bab-El-Oued par l'armée avait été formellement interdite et le préfet de police avait lancé l'avertissement que "dans son caractère insurrectionnel évident", elle serait dispersée.

Lâcher de gaz lacrymogènes - Néanmoins peu après deux heures de I'après midi plusieurs milliers de personnes avaient déjà descendu l'élégante rue Michelet et la rue d'Isly en chantant la Marseillaise. Ils avaient passé plusieurs barrages de troupes et ils arrivèrent face à un barrage de police sur le square Bresson. Trois hélicoptères lâchèrent des grenades lacrymogènes et la tête du cortège s'égailla et se replia.

Environ un mille (1 609 m) derrière, un groupe de retardataires d'environ mille personnes arrivait à la grande poste, où deux lignes d'indigènes et d'Européens, militaires de carrière et du contingent, étaient placées, en travers de la rue, pour barrer le chemin. Les musulmans fortement armés étaient nerveux alors que les civils européens les bousculaient en débordant leurs lignes. Soudain on entendit des coups de feu apparemment tirés par des civils depuis des balcons.

Les militaires, les uns sur le côté de la rue, les autres au milieu, ouvrirent le feu à bout portant, avec une mitrailleuse, à la mitraillette et au fusil automatique. II semble que certains ont tiré en l'air car des câbles de trolleybus ont été sectionnés, mais les musulmans ont tiré dans la foule...

"Naturellement, les Européens sont indignés par la fusillade et il semble tout à fait impossible désormais de les persuader de toute garantie à Alger sous la police de troupes musulmanes. Les autorités insistent sur le fait que des tireur isolés de l'O.A.S. ont ouvert le feu les premiers aujourd'hui, une fois même sur un hélicoptère de patrouille et déclarent qu'un policier a été tué et quatre soldats blessés, dont trois d'entre eux gravement, sur le site de la fusillade, rue d'Isly. Quoiqu'on ait entendu ici beaucoup de tirs isolés, il n'y a eu aucun signe de perte chez les militaires immédiatement après. Ce qu'il y a d'effrayant c'est l'erreur de jugement d'avoir placé des troupes musulmanes en un tel endroit, alors qu'elles étaient restées sans dormir pendant peut être deux nuits...

 


New-York Times

50 civils tués à Alger alors que la troupe tire sur la foule"- Jouhaud est arrêté à Oran - La manifestation est arrêtée - Les Européens en marche pour casser le cordon autour de la citadelle droitière (Henri Tanner, envoyé spécial du New-York Times)

Au moins cinquante civils français ont été tués et environ 150 blessés dans le centre d'Alger, alors que les militaires français se heurtaient aux manifestants européens. Les docteurs du principal hôpital de la ville déclarent qu'environ quarante parmi les blessés succomberont probablement. Ils disent que les victimes comportent de nombreuses femmes et plusieurs enfants. C'est une des journées les plus sanglantes qu'Alger ait vues en sept ans de guerre et sept jours de cessez le feu...

"Les premiers coups de feu claquèrent peu de temps après que les meneurs de la manifestation portant des drapeaux français et chantant la Marseillaise aient forcé une simple ligne d'appelés du contingent, à l'entrée de la rue d'Isly, une artère principale.

" On pouvait voir les soldats tirer dans la foule à bout portant, au fusil automatique et à la mitraillette. Des mitrailleuses qui avaient été placées sur les trottoirs ouvrirent également le feu. Plus tard, des médecins déclarèrent que beaucoup des victimes avaient été frappées dans le dos.

Plusieurs soldats ont vidé entièrement le chargeur de leur fusil. Sur toute la largeur de la rue, les manifestants que l'on avait vu debout ou marchant côte à côte, tombaient à terre en griffant l'air ou en se raccrochant les uns aux autres. Quand la fusillade cessa, la rue était jonchée de corps, de femmes ainsi que d'hommes, blessés ou mourants. La chaussée noire paraissait gris pâle, comme décolorée par le feu. Des drapeaux français froissés nageaient dans des mares de sang. Des débris de verre et des douilles vides étaient répandus partout.

 


Daily Telegraph

Personne ne semble savoir qui a tiré le premier coup de feu. Le seul fait certain est qu'il n'est pas venu des manifestants

Avant que les troupes ouvrent le feu, quelques trois mille manifestants avaient passé devant elles sans résistance le long de la rue d'Isly en direction de Bab-El-Oued. Puis un officier donna un ordre aux troupes et s'adressa au premier rang de la foule qui avançait. Les manifestants qui l'entendirent crièrent des protestations mais s'arrêtèrent. Alors quelques-uns reprirent leur marche. Les soldats, une vingtaine appartenant à un régiment d'infanterie mixte franco musulman, se rapprochèrent, épaule contre épaule, en travers de la rue. Comme la foule avançait encore, ils ouvrirent le feu.

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Posté par isly26mars1962 à 11:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

COMMENTAIRES archivés

josiane

je suis née à Alger, jamais ne j'oublierai, merci


bernadette Malinconi

merci de ces precisions c'est la premiere fois que je vois le film j'etais presente devant la poste avec un grand ami Guy Mazard qui a été assassiné sur les escaliers de cette méme poste mon mari et moi méme n'oublierons jamais


labrano

il faut que toutes les associations de rapatriés vous aident, j'ai visité vos deux sites, le travail que vous faites est considérable. Merci de garder notre Mémoire. josiane LABRANO


Bernard

Que la veritee eclate, que justice soit faite et que la France reconnaisse ses erreurs et ses crimes


quarantes

une armé qui tire sur ses ressortissants, depuis la commune c'est un cas unique en France mais qui n'émeut personne. Il faudra bien qu'un jour la vérité éclate face à un silence assoudissant. Bravo pour votre persévérance


gilles

gilles d' alger mulhouse daguerre a ma compatriote annie cazayous epouse fontas j'étais aussi dans la manifestation avec mes grands parents et ma mère.J'allais a l'école de la rue daguerre ,vous avez du connaitre michele salerio !!!! nous habitions 9 rue de mulhouse ; aujourdhui je suis le seul a pouvoir témoigner ,je n'avais cependant que 10ans. je vis désormais à marseille,alger me manque désormais et je compte y aller enmars 2009 ;avec votre permission annie,je mettrai un petit bouquet de fleurs 11 rue daguerre à la mémoire de jacqueline ;ELLE AIMAIT ET PRATIQUAIT LE BASKET COMME MOI, je pense qu'elle devait etre une jeune fille formidable;j ai parlé recemment avec une de ses anciennes copines


gilles

gilles alger mulhouse daguerre suite pour annie cazayous oui anne marie charraut qui était aussi basketteuse; voilà annie , si vous voulez me répondre j'en serai tres heureux amitiees sincère d'un P.N. gilles


guillaume

j'espère que justice sera faite un jour


Patrick (un des neveux de Jacqueline)

Monsieur Gilles, je tenais à vous remercier pour le geste à l'attention de Jacqueline. Malheureusement Annie nous a quitté, bien trop tôt, et n'aura pas pu en prendre connaissance. Soyez assuré que votre attention touchera extrêmement Simone, leur aînée (et donc ma maman). Cette journée du 26 mars 1962, est une cicatrice qui ne se refermera jamais, néanmoins, celle du 26 mars 2010 m'aura permis un certain apaisement intérieur. A ce titre, je ne remercierai jamais assez, Nicole et les membres de l'association, pour le résultat obtenu. 29/03/2010


mesquida

La cérémonie du 26 mars au quai Branly était vraiment très émouvante, et je suis heureuse d'y avoir participé. Désormais, le nom de ma mère figure sur ce mémorial national, ainsi que la date du 26 mars, jour où elle a perdu la vie. Cette reconnaissance tant attendue est enfin arrivée,48 ans après le drame !! Et cela Grâce aux efforts de l'association des familles des victimes du 26 mars, ainsi que ceux de l'Anfanoma, l'une des rares associations PN à avoir apporté son soutien inconditionnel. Désormais, nul ne pourra ignorer cette date en passant près de ce Mémorial National. Avant cette commémoration, j'ai pu lire les débats négatifs concernant l'affichage du nom des victimes. Ceux qui n'ont perdu personne, ce jour là, à défaut de nous soutenir, comme les nôtres ont soutenu ceux de Bab el oued, devraient au moins avoir la décence de respecter notre décision en faveur de cette première reconnaissance !! Françoise Mesquida


Pierre GERBY

26 mars 2010, 48 ans après, émouvante mais, néanmoins, très belle cérémonie en souvenir et en l’honneur de nos morts. Du Quai Branly à St Nicolas du Chardonnet, tout fut parfait ; merci Nicole Ferrandis, sans qui, rien du devoir de mémoire ou de la reconnaissance nationale n’existerait et n’aurait eu lieu. Quant aux éternels donneurs de leçons de tout bord, je leur conseille, tout simplement de manifester autant d’énergie à l’égard de nos seuls et véritables adversaires, qui, depuis 48 ans, continuent à cracher, sur notre communauté et sur nos victimes que ce qu’ils témoignent à l’égard d’une association qui, elle, non seulement n’oublie rien, ne renie rien mais oeuvre dans le seul bon sens de la vérité et de l’affirmation des responsabilités du pouvoir gaulliste de l’époque ; ce, au titre de tous nos malheurs. Dans ce que j’ai dit, devant les colonnes du Quai Branly, en mémoire de mon Oncle Fernand Gerby, j’ai cité François René de Chateaubriand ; pour compléter mes dires, permettez moi, ici, d’écrire : « le péril s'évanouit quand on ose le regarder ».


Edmée LE LIEPVRE, née BERTHON

De retour chez moi, je tiens à remercier Nicole FERRANDIS et à la féliciter pour la réussite de la cérémonie au Mémorial National quai Branly à Paris : même l'incident technique a contribué à éclairer la détermination de tous les responsables de M Xavier DELARUE, directeur de cabinet du Ministre aux Anciens Combattants au Président de l'ANFANOMA, M. Yves SAINSOT. Les jolis bouquets tout prêts au nom des victimes, les fleurs gracieusement distribuées , les beaux chants du choeur Montjoie Saint Denis auxquels se sont associés les fidèles présents dans le chant des Africains,tout a été réussi et nous a rendus heureux dans cet hommage enfin paisiblement rendu aux victimes pacifiques de ce 26 Mars 1962. Que leur souvenir ne nous quitte pas!


Arlette

Je garde de cette année 2010 le souvenir d’une émouvante cérémonie en hommage à nos morts de la rue d’Isly. C’est la gorge nouée que j’ai vu défiler leurs noms, les années n’apaisent pas la douleur. Je suis de Bab el Oued où j’ai vécu le bouclage, je n’oublierai jamais le courage de toutes ces victimes qui sont tombées pour nous venir en aide. C’est par la radio que nous avons appris qu’une fusillade venait d’éclater à la rue d’Isly, sans avoir plus d’explications. Difficile d’effacer de ma mémoire le cri de désespoir d’un homme qui criait : « halte au feu, halte au feu, mon lieutenant un peu d’énergie ». Qu’avions-nous fait pour mériter ce drame ?


FAGES Guy

Je suis algérois , j' avais 18 ans, jamais je n' oublierai cette horreur.


gilles

cher patrick , je tiens à vous assurer de toute mon amitié ainsi qu'à simone , votre maman et soeur de mon amie Jacqueline ;Soyez sur que tous les anciens amis de Jacqueline ne l'on pas oublié,Nanou Sempere du cours rousselot , Anne marie Charraut de L 'Algeria sport jean claude parez dont la maman était la directrice dla 20th century fox d'Alger ou travaillait Jacqueline et , moi meme de la rue daguerre !!!nous savons q'elle repose au cimetière de Tarbes, et un jour viendra ou nous inrons tous lui rendre l'hommage qu 'elle mérite !!!! j adorais Jacqueline, je ne peux pas parler d'Alger sans parler d'elle ,je connais déjà Stéphanie , la fille d'ANNIE qui est admirable et que j'estime beaucoup !!! pied noir d'un jour , pied noir toujours tout mon soutien et mes pensés les plus affectueuses surtout à Simone , Gilles


rambaud

"je viens d'un pays qui n'existe plus et j'en suis fier" ce 26 mars en début d'aprés midi notre mére nous eméne à la manif de soutien envers bab el oued bouclé et assiégié par les gendarmes et troupes féodée à degaulle. je n'ai que 14 ans, depuis l'âge de 10 ans j'ai été présent dans toutes les manifs et événements se déroulants à alger: le 13 mai, les barricades, le poutch, ma mére passionara de l'agérie française nopus fait vivre tous ces instants importants pour notre pays. c'est la trouille au ventre malgre tout que je me retrouve dans les premiers rangs de la manif sur la place devant la grande poste. devant nous un cordon de soldats français, enfin ce sont tous des musulmans , je me souviens de leur s regards plein de haine envers nous, des cris fusent "ce sont des troupes de l'aln" les pompiers sont au premier rang, la foule pousse, et grossit, le cordon s'étire, et va craquer. nous en profitons pour passer, et entrer dans la rue d'isly, combien sommes nous exactement je ne m'en souviens pas.....alors nous allons marcher en direction de bab el oued, en avancant dans la rue d'isly pratiquement au milieu de celle çi, nous entendons des coups de feu, des rafales de mitraillette, la panique circule, pou nous rassurer des hommes disent" ce n'est rien c'est le bruit des hélicos qui nous survolent"............hésitation doute, nous présentons qu'il se passe un drame sur la place que nous avons quitté il y a peu être un quart d'heure. des grenades lacrymogenes sont lancées dans notre direction , des hélicos, un autre barrage de crs .....alors nous nous dispersons chacun essaie de quitter la rue d'isly, de retourner vers la poste. notre tante habite pas loin un immeuble possédant deux entrée celle d'en bas aboutit dans une petite rue débouchant sur la rue d'isly et celle du haut sur une place sous le momument aux morts, sous le gg, nous allons sortir par là du piege à rats, et de là rentrer rapidement chez nous, nous habitions rue auber, vers le marché clauzel. nous allons alors apprendre la vérité, la tuerie, l'exploit de la france de degaulle. le lendemain aprés midi, avec des fleurs nous allons nous receuillir sur la place de la grande poste, devant les flaques de sang ou s'entassent les bouquets, dans les halls d'immeubles ou les gens s'étaient réfugiés et ou ils ont été exécutés à bout portant, pour preuve les trainées de sang qui jonchent les murs et le sol, nous déposserons nos fleurs resteront un long moment avec la foule présente pour rendre hommage aux victimes, victimes de la trahison française et dont les faits sont marqués dans ma mémoire à tout jamais et que je ne pardonnerai jamais, honte à vous français pour nos martyrs et la perte de notre beau pays.

 


Patrick

2011, la cérémonie et la messe furent des moments émouvants inévitablement.

 


J'étais dans la manifestation pacifique le lundi 26 mars 1962 ; j’étais l'ami de Jacqueline Cazayous qui a été lâchement assassinée alors qu'elle tentait de se mettre à l'abri . ce sont les soldats musulmans qui ont tiré , mais les français ont donné l'ordre ;je me souviens de rafales de Fm , de 12-7 , les cris horribles des gens , les femmes se jetaient sous les voitures ou passaient à travers les vitrines des magasins !!! ils tiraient sur les gens à terre et souvent les poursuivaient jusque dans les immeubles. LE DRAPEAU FRANÇAIS BAIGNAIT DANS LE SANG , IL Y EN AVAIT PARTOUT . LA France A COMMIS UN CRIME D'ÉTAT IMPARDONNABLE!! La paix soit sur nos martyrs, qu’ils reposent en paix sur cette terre algérienne qu'ils aimaient tant !!!

 Pierre Yves Gilles

 


J'avais 11 ans lorsque j'ai pris le bateau pour la première fois. Je quittais pour la première fois Alger, ma terre. Je ne savais pas que je n'y reviendrais plus. Je n'ai jamais oublié l'exode, l'accueil, nos morts. Plus de 40 ans après je me souviens des perquisitions odieuses par la gendarmerie mobile dont nous faisions l'objet. Et le 26 mars, j'étais trop jeune, mes parents ne m'avaient pas amené, mais j'ai entendu de ma terrasse la fusillade. Les jours qui ont suivie j'ai su toute l'horreur de ce crime. J'ai beaucoup de tristesse en pensant à toutes les personnes qui ont été touchées par ce crime, à ceux qui sont tombés, à leurs familles. Non, je n'ai pas oublié !

 Jean Epinal, France

 


J'avais 13 ans en 1962 lors de notre départ d'Oran. Mes parents décédés, mes frères ainés aussi, j'avais enfoui tout cela très loin. Mais non il ne faut pas oublier. Continuez à entretenir le souvenir de ceux qui ont payé de leur vie pour que nous nous puissions continuer la nôtre. Merci.je reviendrai souvent les retrouver ici.

 Yvonne Toulon, France

 


J'avais quinze ans. Je me souviens parfaitement de tout de tous et de tous les détails. C'est une plaie qui n'en finit pas de s'ouvrir. Entre temps j'ai eu deux fils le premier s'appelle Michel. Il a vingt ans cette année. Tout à fait d'accord avec vous, sur tout. Je n'oublierai jamais les balles françaises fauchant les français. Le silence de la France salit leur mémoire, aussi ils faut s'exprimer. Dire, sans cesse, sans haine, mais dire la Vérité, l'horreur.

 Torres Eguilles, France

 


Je n'étais pas née à l'époque de la guerre d'algérie.je suis un ancien des troupes de marines, et mon père un ancien combattant d’Algérie .je voulais juste vous affirmer mon soutien à vous, parent de victimes civil et militaire qui ont combattu. Continuez à vous battre pour que le souvenir reste.

Thierry Aix en Provence, France

 


Merci pour votre site .j'avais 9 mois quand je suis rentre d’Oran le environ 4 ou 5 juin, avec mes deux frères mon père et ma grand-mère car ma mère est décédé le jour de notre départ sur sa terrasse (et c'est un prêtre qui nous aurai ordonné et aidé à partir d’Oran en passant par les montagnes maintenant je tiens cette information que depuis quinze jours car mon père ne parle de rien et jusqu'alors je ne savais pas de quoi elle était décédée. Elle s'appelait RENÉE VEBER BREIG 3 enfants des garçons ET Habitait rue de L'ADMINISTRATEUR Bernard à Oran merci pour vos témoignages.

Brieg Lyon, France

 


J’avais 10 ans et j'entends encore les bruits de la fusillade (habitant rue Michelet) et surtout les paroles hurlées "arrêtez de tirer ...arrêtez de tirer....) cela une enfant de 10 ans ne l'oublie jamais ... et à 50 ans je les entends encore .Peut-on, ou doit-on effacer ces souvenirs... impossible!!! Je crois au contraire que pour ceux qui sont morts ce jour-là et les autres nous devons garder ce souvenir bien vivace malgré la douleur

Brigitte Pau, France

 


Après une enfance des plus heureuse je me souviens des dernières années de cette guerre injuste et incompréhensible encore aujourd'hui pour beaucoup d'entre nous. Le bruit des explosions la nuit qui nous obligeait à ramper pour nous mettre à l'abri avec nos parents sans savoir si cela allait s'arrêter et le plus terrible des souvenirs c'est cette fuite vers la Métropole en Juin 1962 d'Oran, où personne ne nous attendait, en laissant notre Père et notre grand-père sur le quai. C'est vrai il faut le dire sans haine mais encore à ce jour nous subissons nous qui sommes Français à part entière l'incompréhension de la plupart des métropolitains ignorant l'histoire de l'Algérie Française.

TORRES Michèle Nantes, France


Je fais partie des rescapés de ce massacre et si je suis en vie à ce jour c'est grâce à un couple d'amies de mes parents dont la dame s'est interposée entre les tueurs et moi. Bien sur elle est décédée voilà je suis trop ému pour continuer j'ai eu la chance dernièrement de retrouver les filles a plus Michel.

RUIS Michel ARZON, France


Bravo pour ce site si émouvant, merci de maintenir ainsi les vérités qui dérangent. J'avais 14 1/2 en 1962, je n'ai rien oublié et je fulmine contre toute cette injustice. Bientôt les derniers d'entre nous ne seront plus là et c'est bien là-dessus que comptent les gouvernants de tous bords. Honte à eux...Mais la France est en état de péché mortel ...

Éliane PUIG SAMOREAU, France


né a Alger le 07/12/1957 et ayant beaucoup entendu mes parents je trouve votre site très bien et il ne faut jamais oublier ces morts pour une Algérie comme ils en rêvaient (FRANÇAISE)

kayser Bernard Altkirch, France


le 26 mars 1962 , je n'avais pas encore 16 ans , je me trouvais dans la foule avec deux camarades de mon âge ,nous avions dépassé la grande poste lorsque les premiers coups de feux ont éclaté. Nous nous sommes réfugier dans la cage d'un immeuble qui avait une sortie transversale et nous nous sommes retrouvés quelque rue plus bas dont j'ai oublié le nom. Nous sommes arrivés rue Sadi Carnot et après un grand détour par le port, traverser la voie du chemin de fer emprunter l'escalier du pont, passer devant les bains douches, nous avons rejoint nos domiciles au grand soulagement de nos parents. D’après un ami infirmier qui travaillait à l'hôpital Mustapha il y aurait eu plus de 300 morts. Je me souviens des ambulances faisant rugir leur sirène. Non, je n'ai pas oublié cette tragédie qui a était comme tant autre occulté par l'histoire et surtout en minorant le nombre des victimes. La page est tournée, mais il faut que la vérité soit dite sur toute cette période.

Paulin Vitry, France


J'avais 12 ans quand j'ai quitté ALGER, mes parents sont dcd et de plus en plus j'ai besoin de me ressourcer par les souvenirs. Une partie de la famille de mon père faisait partie des victimes d’EL HALIA. Je sais que un de ses jeunes cousins à été rescapé en se cachant sous un sommier mais malheureusement je ne me rappelle pas de son nom. Mon grand souhait serait qu'il se reconnaisse... C'est formidable ce que vous pouvez nous faire éprouver par l'accès a ces sites du souvenir. Amitiés

Danièle SCAFARTO Avignon, France


Je viens de découvrir votre site qui m'a donnée la chair de poule; je suis née le 10/12/53 à Bâb el oued, et je me souviens des énormités qui se sont passées et que les métropolitains ne comprennent et ne veulent pas comprendre ce que nous avons enduré. Nous sommes partis en 1962(juin) et mes parents pensaient retourner à Alger, mais ce ne fut pas possible. Je vous remercie pour votre site qui remet ce qui s'est vraiment passé, et pour continuer la mémoire de ces pauvres personnes disparues pour l'ALGÉRIE FRANÇAISE. Merci.

 

MARTINE gilabert Perpignan, France


Né en 1957 à rio Salado département d'Oran je cherche des personnes qui y auraient habités et des photos merci

Garcia Jean Pierre Toulon, France


Bonjour,
Le papa d'une de mes amies qui se nommait Aimable FAURE a été assassiné le 28 juin 1962 à Boufarik. Je rechercher des précisions sur cet évènement car sa famille a dû quitter l'Algérie dès le lendemain et elle aimerait beaucoup savoir ce qui s’est passé. Si vous pouvez nous aider j'en serais très heureuse pour elle. Merci d'avance. France


Que de tristes souvenirs nous nous trouvions dans Bâb el oued pendant le siège.

Garcia jacqueline Six fours les plages, France


Je réitère ce que j'ai écrit à une autre adresse. La journée du 26 mars 1962 est une cicatrice qui ne se refermera jamais, néanmoins celle du 26 mars 2010 m'aura permis un certain apaisement intérieur. A ce titre, je ne remercierai jamais assez Nicole Ferrandis et les membres de l'association pour le résultat obtenu.

Patrick (un des neveux de Jacqueline Cazayous), le 29/03/2010, France


De retour chez moi, je tiens à remercier Nicole FERRANDIS et à la féliciter pour la réussite de la cérémonie au Mémorial National quai Branly à Paris : même l'incident technique a contribué à éclairer la détermination de tous les responsables de M Xavier DELARUE, directeur de cabinet du Ministre aux Anciens Combattants au Président de l'ANFANOMA, M. Yves SAINSOT. Les jolis bouquets tout prêts au nom des victimes, les fleurs gracieusement distribuées, les beaux chants du chœur Montjoie Saint Denis auxquels se sont associés les fidèles présents dans le chant des Africains, tout a été réussi et nous a rendus heureux dans cet hommage enfin paisiblement rendu aux victimes pacifiques de ce 26 Mars 1962. Que leur souvenir ne nous quitte pas!

Edmée LE LIEPVRE, née BERTHON, France


Bonjour Je voudrai rendre un hommage particulier à Renée FERRANDIS assassinée le 26 mars 1962. Ce jour là ma famille et moi même écoutions le déroulement de la manif au transistor, car nous habitions B.E.O et nous ne pouvions sortir de chez nous en plein jour à cause du couvre-feu en vigueur. Renée était mon amie de travail , elle avait 23ans j'en avais 20.Et nous travaillions au central télégraphique d'alger à la Grande Poste. Tout le monde l'aimait bien dans le service, elle était estimée de tous . Nous étions jeunes et nous formions une bonne bande de copains insouciants mais responsables et pas insensibles aux événements. Elle a été à cette manif en toute confiance avec des milliers d'algérois pour se diriger vers BEO et faire fléchir les autorités sur les traitements inhumains que nous subissions. Entre autre j'ai du faire éboueur pour échapper à la rafle des gardes mobiles qui emmenaient tous les jeunes. Elle est morte pour une cause légitime, celle d'être française sur terre française. Et depuis chaque fois que je parle de l'algérie j'ai la larme à l'oeil et je pense au beau sourire que tu avais Renée. Je rends également hommage aux victimes du 26.03.1962 et à tous les morts pour l'Algérie Française, qu'ils reposent en paix.; Que c'est dur pour moi de parler de tout cela il y a tellement de souvenirs qui refont surface. J'ai connu votre site il n'y a pas si longtemps et je vous adresse mes félicitations.

Dédé surnommé Pépète à la Gde Poste, France

 

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Posté par isly26mars1962 à 22:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 février 2013

VIDEOS

vidéos 1

fusillade du 26 mars 1962, rue d'Isly, par FR3 en 2002

Mise en ligne le 30 août 2008  En 2002, les caméras de la télévision se sont penchées sur ce massacre. La fusillade unilatérale durera 12 minutes. Plus de 80 morts, plus de 200 blessés, les témoins parlent...

 

vidéo 2

Les caméras de la télévision en 2002 se sont enfin penchées sur la fusillade de la rue d'Isly à Alger qui fit une centaine de morts et plus de 200 blessés. Un drame comparable s'est déroulé en Irlande en 1972 connu sous le nom de Bloody Sunday. La seule différence est que personne ne parle du lundi sanglant du 26 mars 1962, de ce massacre, commis à Alger, département alors français - Nicole Ferrandis.

 

vidéo 3

Mise en ligne le 12 mars 2008

Hommage aux victimes de la fusillade de la rue d'Isly du lundi 26 mars 1962, à ALGER.
Ne jamais oublier les victimes sacrifiées pour avoir aimer cette terre française en Algérie. Ils étaient fier du drapeau français. Ils en sont morts. Ne les oublions jamais.
Nicole Ferrandis isly26mars@wanadoo.fr
remerciements à Michel Barsky, Hervé Cuesta pour leur aide association des familles des victimes du 26 mars 1962 isly26mars@wanadoo.fr

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Posté par isly26mars1962 à 11:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]